MADAME MALIN6BAR
Quand, par hasard, le ciel t'envoie un client, tu commences par le rassurer... Tu lui dis: « Ce n'est rieni c'est l'aflaire de quelques jours. »
MALINGEAR.
Pourquoi effrayer?
MADAME MALINGBAR.
Avec ce système-là, tu as toujours l'air d'avoir guéri un bobo, une engelure I... Je connais plusieurs de tes confrères... de vrais médecins, ceux-là! quand ils approchent un malade, ce n'est pas pour deux jours ! Us disent tout de suite: « Ce sera long, très-longl » £t ils appellent im de leurs collègues en consultation.
MALINGEAR.
A quoi bon?...
MADAME MALINGEAR,
C'est une politesse que celui-ci s'empresse de rendre la semaine suivante... Voilà comment on se fait une clientèle I
son LA POUDRE AUX YEUX.
HALTNGEàR, se levant.
Quant à moi, jamais!
MADAME MÂLINGEAB.
Toi,, avec ta bonhomie, tu as perdu peu à peu tous tea clientg... 0 t'en restait un... le dernier... un brave homme. .
HALINGEAR.
M. Dubourg... notre voisin?
MADAME MALINGBAR.
n avait avalé une aiguille, sans s'en douter... Tu le trai< tes quinze joui-s... très-bien I... ça marchait... Hais voilà qu'un beau matin tu as la bêtise de lui dire : « Mon cher M. Dubourg, je ne comprends rien du tout à votre maladie. »
MA.LINGEAR.
Damel... quand on ne comprend pas!...
MADAME MALINGEAB.
Quand on ne comprend pas... on dit: « C'est ner ▼eux!... » Ah! si j'étais médecin!...
MALIKGEAR.
Quel charlatan tu ferais!...
MADAME MALINGEAB.
Heureusement que la Providence nous a donné vingtdeux bonnes mille livres de rente, et que nous n'attendons pas après ta clientèle. Qu'est-ce que c'est que cette personne qui est venue ce matin?...
Elle se rassied.
HALINGEAR, an pea embarrassé.
C'est... c'est un jeune homme...
MADAME MALINGEAB.
De famille?
\GTE PREMIER. 301
MALINGEAR, prenant des billets de banque dans un tiroir
du bureau.
Oui... il a de la famille... Tiens, prends ces quatre mille (i*ancs.
MADAMB MÂLINGBÀl.
Pour quoi faire?
Nous avons fait renouveler notre meuble de salon, et c'est aujourd'hui que le tapissier doit venir toucher sa note.
MADAME MALINGEAR, preuant les billets de banque
Âh! c'est juste... Eh bien, ce client?
Elle se l6ve.
HALINGEAR.
Ahl que tu es curieusel... C'est un cocher de la maison qui a reçu un coup de pied de cheval... lai
MADAME MALINGEAR.
Un cocher?... Mon compliment 1... Demain, on viendra te chercher pour le cheval.
MALINGEAR.
Plaisante tant que tu voudras! mais je suis enchanté d'avoir donné mes soins & ce brave garçon... En causant avec lui, j'ai appris des choses...
MADAME MALINGEAR.
Quoi donc?
MALINGEAR.
On jase sur notre maison.
MADAME MALINGEAR.
Sur nous?... Que peut-on dire?
MALINGEAK.
Pas sur nous ; mais sur ce jeune homme qui Tient tous les jours faire de la musique avec ta fille.
* MADAME MALINGEAR.
M. Frédéric? dont nous avons fait connaissance Véie^ dernier aux bains de mer de Pomic?
MALINGEAR.
On dit que c'est le prétendu d'Emmeline. Hier soir, chez le concierge, on a même fixé le jour du mariage.
MADAME MALINGEAR.
Ahl mon Dieu!
MALINGEAn.
Tu vois qu*il est quelquefois bon de soigner les cochers.
MADAME MALINGEAR.
Que faire?...
Il faut trancher dans le vif... Certainement M. Frédéric est très-gentil, très-distingué...
MADAME MALINGEAR.
Ah! charmant!
MALINGEAR.
Et c'est fort aimable à lui de venir tapoter notre piano sept fois par semaine ; mais il faut qu'il s'explique... Il est temps, grand temps!...
MADAME MALINGEAM.
£omment?..«
MALINGEAR.
Emmeline est triste... elle ne mange plus.
MADAME MALINGEAR*
Si je faisais venir le médecin ?