‹ Théâtre complet de Eugène LabicheChapitre 1 sur 303 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

JEAN, puis EUSÈBE POTASSE.

^U lever du rideau, Jean est en livrée et, à genoux près de la chemiaéa, il frotte avec énergie une paire de pincettes.

JEAN

Faut que ça reluise!... faut que ça reluise 1 (s'arrêtant.) Ahl v^i chaud!... Entré ici depuis hier soir, je paye ma bienvenue... mais je ne te frotterai pas tous les jours comme va'--- Voici la neuvième place que je fais depuis un mois. (Avec mélancolie.) Ah! le temps n'est plus où les

maîtres s'attachaient à leurs domestiques!... on était dé la famille, on avait les clefs de la cave!... et, quand vous mouriez, on vous faisait une pension viagère. Mais la Révolution a passé par là!... Je crois pourtant que je ne serai pas mal ici, chez madame Suzanne de la Bondrée... .Vlais il y a une chose qui me froisse... je crains d'êira entré chez une cocotte... A chaque instant, il vient des petits messieurs qui apportent des bouquets!... si elle n'a qu'une connaissance, passe!... mais, si ça frise Finconduite, je partirai... ou je demanderai une forte augmentation... d'autant plus que cette maison est pleine de courants d'air... on s'y enrhume! (n se mouche avec un bruit imitant la trompette.) Personne ne ferme les portes ici.

HUSÈBE POTASSE, paraissant à la porte du fond.

Pardon, monsieur!

JEAN

Fermez la porte !

EUSÈBE, fermant la porte.

Oui, voilà... Yoilà... (a Jean.) Madame Suzanne de la Bondrée, s'il vous plaît?

JEAN, le regardant et i part.

Tiens! un petit crevé! (a Eusèbe avec compassion.) Pauvre enfant, vous ne craignez donc pas de faire du chagrin à votre famiUe?

EUSÈBE, étonné.

Moi! je demande madame Suzanne de la Bondrée^

JEAN

Elle n'est pas levée!... à neuf heures!... Allons... donuez votre bouquet... on le mettra dans le tas!

EUSÈBE

Mais je n'apporte pas de bouquet, je suis élève en phaimacie...

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