SCENE DIXIEME
AMÉLIE, à part.
Je ferais peut-être bien de m'en aller.
CRAVA.CHON.
Vrai? eli bien, vous avez bien fait... bah! la jeunesse n'a qu'un temps! Mais il ne s'agit pas de cela... Voyons. la... franchement... un gaillard comme vous doit avoir la tête chaude... vive... Rien qu'à vos oreilles, ça se voit...
DERVIÈRES, à part.
Ah! mon Dieu!
CRAYACHOJf.
Pour un mot, flamberge au vent'
DERVIÈRES.
Mais... (a part.) D'où sait-il?
CRAVACHON.
Voyons, combien avez-vous eu de duels? contez-moi ça; je suis un vieux loup, moi.
DERVIÈRES, à part.
C'est un piège. (Haut.) Moi, monsieur, je ne me suis jamais battu.
CRAVACHON, brusquement.
Ce n'est pas vrai.
DERVIÈRES, avec vivacité.
Monsieur...
CRAVaCHON.
Ah! vous voyez bien que vous vous êtes battu?
DERVIÈRES, à part.
Quelle faute I (Haut.) J'ai bien eu quelques petites altercations...
Î48 LE MAJOR CRAVACIIOiN.
CUAVACnON.
A la bonne heure 1
DERVIÈRES, froi.iement.
Mois j'ai toujours arrangé l'affaire.
CRAVACHON.
Hein?
DERVIÈRES.
Le duel est un préjugé barbare!... Avez-vous lu Jean- Jacques, monsieur?...
CRAVACHON, fièrement.
Je n'ai lu ni l'un ni l'autre, monsieur.
DERVIÈRES, avec une feinte exaltation.
Quel dommage! vous auriez vu flétrie, dans ces pages immortelles, cette coutume à jamais sanglante, vous auriez vu...
Est-ce que vous avez été curé, monsieur? Ah çàl vous qui parlez, si on vous insultait?
DERVIÈRES, après un mouvement réprimé.
Je mépriserais l'insulte, monsieur.
CRAVACHON, à part.
C'est ce que nous allons voir.
DERVIÈRES.
Usas ce n'est là pour nous qu'un simple sujet de conversation... et je crois que, sur les points essentiels, nous sommes à peu près d'accord.
CRAVACHON.
D'accord! d'accord! comme vous y allez, vous... Mais je ne vous connais pas.