‹ Théâtre complet de Eugène LabicheChapitre 206 sur 303 · SCÈNE NEUVIEME · texte numérisé non relu

SCÈNE NEUVIEME

MADAME LEGRAINAUD.

Ça valait cent sous.

LEGHAINARD.

Mais il ne demande pas d'argent, malheureusement.

MADAME JLEGRAINARD.

Alors, qu'est-ce qu'il demande?

LEGRAINARD.

C'est bien drôle... Figure-toi que ce jeune homme... est précisément celui que tu as interpellé dans l'omnibus.

MADAME LEGRAINARD.

Et il a osé se présenter ici... et tu ne l'as pas jeté par la fenètrel

LEGRAINARD.

Non... il n'est pas coupable... il m'a tout avoué... lia pris ton pied pour sa chienne.

MADAME LEGRAINARD.

Hein!

Ofl pouvait s'y tromper... à cause de la fourrure.

MADAME LEGRAINARD.

Ah çà! quelle histoire me fais-tu là?

LEGRAINARD.

C'est la vérité... Il est désolé... ce pauvre garçon... Il a l'air si doux, si timide ! il m'a supplié de te faire des excuses. C'est bien, n'est-ce pas?

MADAME LEGRAINARD.

Soit, je ne lui en veux pas ; mais qu'il ne revienne ptcd,

LEGRAINARD

Ah! voilà! c'est que..

MADAME LEGRAINAKD.

Quoi?

LEGRAIN4RB.

Il va revenir... à deux heures.

MADAME lEGRAlNARD.

Pour quoi faire?

LEGRAlNARD.

Mais pour... pour implorer son pardon... Il voudr ùr faire la paix avec toi, ce garçon... mais, la... une bonne paix... et si tu voulais consentir...

MADAME LEGRAlNARD.

A quoi?

LEGRAlNARD, à part.

Elle ne voudra jamais. (Haut.) Eh bien, à... à l'embrasser... légèrement.

MADAME LEGRAlNARD.

Moi? ah çà!... tu deviens fou.

LEGRAlNARD.

Non... je me suis trompé... à te laisser embrasser, seulement.

MADAME LEGRAlNARD.

Jamais !

LEGRAlNARD.

A ton âge, qu'est-ce que tu risques?

MADAME LEGRAlNARD.

Vous êtes un impertinent! Je refuse. A-t-on jamais vul Vouloir me faire embrasser un homme que je n'ai jamais vul

LEGRAlNARD.

U a rapporté le sac.

scftNE Neuvième. 30î

MADAME LEGRAINARD, remontant.

Oh ! le sac... (Rec'escendaat à droite.) Tenez, il y a quelque chose la-dessous.

Eh bien, oui! il y a quelque chose.

MADAME LEGRAINARD.

Quoi?

LEGRAINARD.

Ce jeune homme est venu me demander rais&n du soufflet que tu lui as donné.

MADAME LEGRAINARD.

Comment?

LEGRAINARD.

Et il veut un baiser... ou une réparation par les armes...

Voilà!

MADAME LEGRAINARD.

Eh bien, battez-vous!... corrigez-le! Est-ce que voue auriez peur?

LEGRAINARD.

Non! je ne crains pas la mort... Je l'ai prouvé plus d'une fois... dans les rangs de la garde nationale... mais

je pense à ma fille et à toi! (S'attendrissant par degrés.) VouS

laisser seules!... sans appui, sur cette mer de bitume qu'on appelle Paris, et puis abandonner mon petit commerce qui marche si bien, depuis que tu ne t'en occupes plus!... Ah! si ma fortune était faite... je n'hésiterais pas à croiser le fer... Je serais sûr au moins de vous laisser un morceau de pain.

MADAME LEGRAINARD, s'attendrissant aussi.

l.sidorel

LEGRAINARD.

Oui, je sens que vous avez encore besoin de moi sur «â&tte terre.

MADAME LEGRAîNARD.

Mon Dieu, je ne dis pas le contraire... je ferai ce que je pourrai... mais c'est si extraordinaire, si inconvenant de se laisser embrasser par un inconnu!

LEGRAINARD.

Je serai là.

MADAME LEGRAINARD.

Oh! c'est égal.

LEGRAINARD.

Tu te fais un monstre de cela... Figure-toi que nous sommes au jour de l'an et qu'un monsieur te souhaite la bonne année.

MADAME LEGRAINARD.

Entin, je tâcherai... je ferai mon possible... Je vais déposer mon chapeau... et je reviens...

Elle sort à droite.

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