ACTE DEUXIÈME
GATINAIS
Quoi donc?
GAUDIBAND.
C'est que... je ne sais comment vous dire ça... J'ai commis une faute... J'étais jeune... j'avais le cœur aimant
(Jetant un coup d'oeil à madame Gafinais.) Je l'ai tOUJOUFS... Je
me trouvais à Montauban pour affaires... Dans un bal public, je fis la connaissance d'une petite ouvrière qui travaillait dans une fabrique d'épingles... elle ne fut pas cruelle. ,. nous nous estimâmes.
GATINAIS
Il y a longtemps de ça?
GAUDIBAND.
Vingt-quatre ans... Au bout d'un mois, les affaires me appelant à Paris, je dus rompre cette chaîne de roses...
MADAME GATI.NAIS.
Ohl les hommes 1 même les plus laids I
GAUDIBAND.
Hein?
MADAME GATINAIS
Rien.
GAUDIBAND.
Quelque temps après, je reçus une lettre timbrée de Montauban et contenant ces simples mots : « Je vais être mère, Edgard; si vous êtes un honnête homme, venez 1 »
Tu partis ?
GAUDIBAND.
Non, je l'avoue, je ne gobai pas la chose. Je lui répon-
dis : « Impossible de m'absenter, les affaires reprennent... envoyez-moi l'enfant... » Je n'y croyais pas, à l'enfant! et, quinze jours après, je recevais la bourriche... [Se reprenant.) le berceau.
GATINAIS
Voilà une tuile I
GAUDIBAND.
Je conviens que, dans le premier moment, je fus médiocrement flatté... mais, en regardant ce petit être si rose, si frais, et qui me ressemblait... je me pris à l'aimer,..
MADAME GATINAIS
A la bonne heure !
GAUDIBAND,
Je le mis en nourrice, je le mis au collège, je le mis chez l'avoué, et maintenant... maintenant je voudrais le mettre dans votre famille.
MADAME GATINAIS
Comment! votre filleul?
GATINAIS
C'est lui qui était dans la bourriche?
Il ignore encore le secret de sa naissance... Je n'ai pas besoin de vous dire qu'après moi il aura toute ma fortune.
GATINAIS
Apres tout, ce n'est pas sa faute, à ce garçon... Amènele toujours, et nous verrons...
GAUDIBAND, en remontant.
Nous viendrons peut-être un peu tard, parce que dani ce moment il est très-occupé.