SCÈNE XL
GLA.DIATOR, SUZANNE.
GLADIATOR, à part.
Nous voilà seuls I... Je la tiens!
SUZANNE, à part, a'asseyant à gauche du guéridon.
Enfin, il va se déclarer!...
GLADIATOR
Madame, je suis agité par une crainte...
SUZANNE
Et laquelle?...
GLADIATOR
J'ai peur de ne pas vous avoir été suffisamment présenté.
SUZANNE
Comment cela?
GLADIATOR
Je n'ai d'autre introducteur près de vous que,-- l'élépiiant... et il s'est si mol comporté!...
SUZANNE
Oh! vous avez racheté ses fautes!...
GLADIATOR
Enfin, ii faut que vous sachiez qui je suis... (se présentant. ) Sir Richard Gladiator, Américain, né dans le Sud,
80US les feux del'équateurl... Trente millions de fortune!
SUZANNE, se levant et jouant l'indifforenco.
Ah! je l'ignorais.
Vous comprenez, madame, qu'on n'absorbe pas impunément un soleil comme le nôtre et que les hommes de notre latitude portent en eux deux brasiers ardents !...
SUZANNE, souriant.
Ah! mon Dieu!... mais vous me faites peur.
GLADIATOR
Je ne ris pas!... Ces deux brasiers s'appellent la tête et le cœur!
SUZANNE, à part.
Il va me faire sa demande.
GLADIATOm.
Je vous ai vue, madame ! J'ai vu vos cheveux, ils tiennent!... Votre jambe!... c'est un monde!...
SUZANNE, un peu choquée.
Mais, monsieur...
GLADIATOR
En vous tout est beau! tout! (Par réflexion.) Tout ce que j'ai vu!
SUZANNE, riant.
En vérité, vous avez une singulière façon de vous exprimer.
GLADIATOR
Ai -je été trop loin?
SUZANNE
Non, mais...
GlADIATOR.
Vous ai -je offensée?
SUZANNE
Non... et la preuve... c'est que, si vous avez une soirée à perdre, rappelez-vous qu U y a bal ce soir, chez moi.
GLADIATOR, avec véhémence.
Un bal!... un bail... Je pourrais étreindre votre taille dans mes bras nerveux...
SUZANNE, passant et se reculant un peu effrayée.
Mais, monsieur...
GLADIATOR, continuant, avec furie, et se rapprochant de Suzanne.
Sentir craquer vos hanches ! voir ruisseler vos cheveuxl et brûler comme un damné sous le souffle de votre haleine!...
SUZANNE, poussant un cri.
Âh!
GLADIATOR, avec calme.
J'accepte, madame, j'accepte!
SUZANNE, à part.
Eh bien, il a une façon particulière d'accepter les invitations. (Haut.) A ce bal, vous verrez mon oncle.
GLADIATOR, légèrement.
Ça, ça m'est égal!
Vous pourrez, si bon vous semble, le prendre à l'écart.
GLADIATOR
Pour quoi faire ?
SUZANNE
Mais... pour l'ii faire part de vos projets, de vos sentiments.
GLADIATOR, indiirérent.
Oh ! pourquoi parler de ça à monsieur votre oncle?
SUZANNE
Mais pour obtenir son consentement, car je suppose que vous voulez m'épouser?
GLADIATOR, vivement.
Moi?... pas du tout!
SUZANNE
Comment?
GLADIATOR, à part.
Et ma femme I (Haut.) Non, voyez-vous, j'appartiens à une famille, où... l'on ne se marie jamais... C'est un voeul
SUZANNE
Mais alors, monsieur, que venez- vous faire ici?
GLADIATOR, souriant.
Dame! vous savez...
Quoi?...
GLADIATOR
Enfin, je mets mes trente millions à vos pieds.
SUZANNE, remontant la scène et montrant la porte du fond.
Si j'étais chez moi, je vous dirais : Sortez, monsieur 1
GLADIATOR, à part.
Est-ce que je me serais trompé?...
SUZANNE, descendant à droite.
Remerciez-moi de ne pas instruire mon oncle de vos projets... car il est terrible sur le point d'honneur!
GLADIATOR
Croyez-vous m'effrayer?