ACTE III
Quoi ! tu veux mettre un terme au long dérèglement ; Tu veux que la loi règne en place de la force , Et tu vas dans l'hymen appeler le divorce , Le divorce brutal , le divorce sans frein , Par où les passions rentrent dans leur terrain ! Quelles lois désormais , quelles mœurs , quel usage , Vivront où n'aura pu vivre le mariage !
Quel mariage encor pourra rester debout , Quand le roi , sur le sien , porte le premier coup !
— Roi , ne fais pas d'en haut descendre le scandale ! La licence est partout , quand le trône l'étalé.
S'il faut accoutumer l'hymen à ces mépris , Plutôt que d'acheter la croisade à tel prix , Mieux vaut que sans secours Jérusalem succombe ; L'esprit vivant du Christ est plus saint que sa tombe.
— Plus qu'un mot : si le pape est fort de ton appui , La chrétienté s'émeut de te voir contre lui ; Comme vous la guidez , faisant la même route , Quand vous vous séparez , elle s'arrête et daute. C'est un trouble fatal , et dont il faut sortir ;
Et puisque l'interdit n'a pu te converti!*, Il est d'autres moyens dont le pape dispose.
PHILIPPE
.Lesquels ?
LE MOINE
Dieu fait les rois , Sire , — et Dieu les dépose.
PHILIPPE
Âh ! ah ! Je savais bien qu'ils y viendraient !
168 AGNÈS DE M£RANl>-\
LE MOINE
Seigneur, Songe à Grégoire-Sept déposant l'Empereur.
PHILIPPE
Henri prit sa revanche ; et frappant qui le frappe ,
Philippe déposé peut déposer le pape.
— ' Porte-lui mon message. Ajoute seulement
Que je suis peu flatté de son assentiment.
Je gouverne à ma guise , et non pas pour lui plaire ,
Et rejette son aide autant que sa colère.
Qu'il soit dans ses conseils bien ou mal avisé ,
Tout conseil est mauvais quand il est imposé.
Plutôt que le bon ordre , une chose m'importe :
C'est de ne pas souffrir que l'étranger l'apporte ;
Et la pire discorde a de moindres dangers
Que la meilleure paix qui vient des étrangers.
Quant au monde , dis-tu ? — que le monde s'arrange !
S'il est mal tel qu'il est , que le pape le change 1
Moi , j'ai la France , et non le monde à gouverner ;
 ce gouvernement mon soin doit se borner,
Et j'aurai fait assez , si j'enseigne à la France
A ne se décider que par sa préférence.
— Dis-lui que je connais son empire et le mien :
Ce qui touche à l'État ne le regai^de en rien ;
Il peut bien disposer des célestes domaines ,
Mais non pas , s'il te plaît , des couronnes humaines ;
Car mon droit et son droit , l'un de l'autre isolés ,
Viennent d'en haut tous deux. Mon sceptre vaut ses clés ;
Je ne le tiens en fief de personne , et relève