‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 116 sur 251 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Séra-t-il pas louché , quand il verra de près L'habitude des pleurs empreinte sur mes traits ? Car trembler et pleurer, c'est ainsi que j'existe ; Je ne me souviens plus comment on n'est pas triste.

— Oh ! comme il jouira de mes ravissements 1 Quelle douceur pour lui dans mes remercîments ! Aux transports inouïs de ma reconnaissance ,

II pourra s'expliquer ma désobéissance ;

Et comprendra , voyant quels étaient nos amours ,

Que nous ayons voulu les prolonger toujours.

— Puis , si ma faute encor doit être châtiée , Si ce que j'ai souffert ne l'a pas expiée,

Je prendrai dans un cloître un habit pénitent , Un jour, — lorsque le roi ne m'aimera plus tant.

GUILLAUME , qui est entré depuis quelques Instants.

Ajoutez-y que , moi , le chevalier Guillaume , Je donnerai mes fiefs aux couvents du royaume , Mon argent, ma vaisselle, et tout ce qui me sert, Mon cheval des combats même , avec mon haubert , Et j'irai , ne vivant que de miséricorde , Jusqu'à Jérusalem , pieds nus , ceint d'une corde ; Là , consacrant à Dieu mon fer de chevalier, Je ferai vœu de vivre et mourir templier.

LE MOINE

Madame , levez-vous. C'est une vaine instance. Le pape ne peut pas révoquer sa sentence.

Le Roi , dès aujourd'hui , Madame , aura cessé D'illustrer l'adultère , ou son règne est passé.

GUILLAUME

Ne vous abaissez plus , Reine ; votre prière , Avant ces cœurs de moine , ainoUirait la pierre !

AGNÈS, M relfirant et regardaoi le ciel.

Que ma perte , Seigneur ! retombe donc sur eux î Qu'ils trouvent à leur tour un juge rigoureux 1 Vous avez vu , Seigneur ! combien leur àme est dure , Et jusqu'où leur rancune a poussé ma torture ; Quand ils voudront fléchir votre sévérité , Soyez impitoyable , autant qu'ils l'ont été 1

Au moine. •

Et vous , qui me parliez du tribunal supràme , Tremblez plus tôt que moi d'y paraître vous-même ! C'est vous qui répondrez des milliers de chrétiens Dont vous aviez la garde , infidèles gardiens ! Vous, qui fermez le ciel où vous deviez conduire, Et, chargés de sauver, travaillez à détruire ; Vous, qui, parce qu'un seul fut désobéissant, Damnez , du même coup , tout un peuple innocent ! C'est vous qui répondrez, quelle qu'en soit la suite, Du dernier désespoir où vous m'aurez réduite ! Et puisse mon exemple être un enseignement Qui témoigne à jamais de votre acharnement I Puissent les nations s'émouvoir, et comprendre A quelle tyrannie elles doivent s'attendre !

Puissent venir un jour, où tout le genre humain Se sera révolté contre le joug romain , Où l'on aura brisé les foudres de ce pape Qui ne se fait connaître à nous que lorsqu'il frappe ,

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