ACTE II
J'ai des parents à Londre , où l'on t'offre un asile ; Va ; — fais cela pour moi qui mourrai plus tranquille.
CHARLOTTE
Mais vous-même , ma tante?
MADAME DE BRETTEVILLE
Oh ! moi , je resterai.
Je reste donc.
MADAME DE BRETTEVILLE
J'entends , et je te sais bon gré ; Mais je n'accepte pas un dévoûment funeste.
CHARLOTTE
Eh bien 1 c'est par plaisir, ma tante , que je reste.
MADAME DE BRETTEVILLE
Par plaisir !
CHARLOTTE
Le combat va s'engager ; j'attends.
— Il me plait d'assister au choc des combattants.
MADAME DE BRETTEVILLE
Peux-tu bien , mon enfant , te plaire à ces alarmes !
LE VIEUX GENTILHOMME
Pour des yeux féminins j'en comprends peu les charmes. La guerre des partis n'est pas de ces tournois Où les dames trouvaient un spectacle courtois.
260 CHARLOTTE GORDAY.
CHARLOTTE
Non ! Il ne s'agit pas d'une joute frivole , Pour la couleur d'un nœud ou d'une banderole. Voici d'autres combats et d'autres passions ! Il s'agit aujourd'hui du sort des nations.
— En avant 1 — Mon cœur bat de crainte et d'espérance.
— Vive la liberté ! — Dieu délivre la France ! Je vois fuir les tyrans ; je vois , jour glorieux ! Le drapeau girondin flotter victorieux !
MADAME DE BRETTEVILLB, au Tieux genUlhmome.
Que vous avais-je diti
LE VIEUX GENTILHOMME
Laissez , mademoiselle , Laissez les Girondins , indignes de ce zèle.
Quel intérêt pour nous a leur triste débat?
Pour l'émeute élevés, l'émeute les abat.
Profond enseignement aux modernes systèmes , Que tous ces révoltés s'entr'égorgeant eux-mêmes 1
— Mais puisque les combats vous semblent familiers , Venez; vous trouverez de loyaux chevaliers,
Dont on a toujours vu flotter le blanc panache ,
Au sentier de l'honneur, sous le drapeau sans tache.
CHARLOTTE
De loyaux chevaliers , contre la France armés !
LE VIEUX GENTILHOMME
Non ; contre Içs tyrans des Français opprimés.