‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 174 sur 251 · ACTE ÏII. Î · texte numérisé non relu

ACTE ÏII. Î

— J'ai parlé franchement, et vous connais assez Pour croire que je parle ainsi que vous pensez.

BARBAROUX

Non pas , certe ! — Autrefois j'eus cette âme naïve.

Ma vie , et les frayeurs de ma mère craintive ,

Mes biens , mon petit champ par mon père transmis ,

Mes études , mes goûts, et mes livres amis ,

J'ai tout sacrifié , sans bruit , sans plainte aucune ,

Avec enthousiasme , à la cause commune.

Oh ! j'aimais mon pays d'un amour inconnu.

De ce plein dévoùment quel fruit m'est revenu ?

Comment m'a-t-on su gré d'un travail sans relâche ,

De Tardeur de bien faire apportée à ma tâche ?

Calomnié , proscrit , je suis un traître , moi ,

Républicain si pur et de si bonne foi !

Les Pitt et les Cobourg m'ont inscrit sur leur liste !

Moi qui fis le dix août , je suis un royaliste 1

— Qu'un autre désormais à ce peuple insensé Prodigue un dévoùment ainsi récompensé !

Chercher des citoyens dans ces faux patriotes , Plus tyrans mille fois que les pires despotes , Dans ces républicains qui se croient tout permis , Et ne permettent rien pourtant qu'à leurs amis ,

Qui font peur pour convaincre , et , par un jeu farouche,

Parlent de liberté, la menace à la bouche ;

Enseigner ses devoirs , en loyal précepteur,

A ce peuple crédule au plus grossier flatteur,

Rebelle aux vérités , attentif aux oracles

Du premier charlatan qui promet des miracles ,

Envers ses bienfaiteurs stupidement ingrat ,

Et qui blasphème Dieu pour adorer Marat ,

— C'est bien la plus absurde et plus folle pensée Dont jamais tête humaine ait été traversée!

— Celui qui veut jouer un rôle dans TÉtat , Que par tous les moyens il tende au résultat ; Que sachant à propos applaudir ou ^ taire , Il soit souple d'esprit sous un visage austère; Qu'il flatte tour à tour ou le peuple bu les rois ; L'homme né pour l'intrigue , est né pour les emplois. Mais le sévère honneur, mais la franchise auguste, La fidélité rare , et l'amitié robuste ,

L'inflexible équité , la haine des méchants , Ces antiques vertus n'habitent que les champs. Pour moi , je ne veux plus qu'une affection douce , Égide impénétrable où tout affront s'émousse , Un petit coin de terre , arrangé par mes mains , Mes travaux d'autrefois , et l'oubli des humains.

CHARLOTTE

Eh bien 1 moi, Barbaroux, mes vœux seraient tout autres.

— Si je pouvais agir comme vous et les vôtres , Dieu tout-puissant, dirais-je, accorde-moi l'honneur D'offrir à mon pays ma vie et mon bonheur;

Plus orgueilleux encore est l'espoir qui me flatte ; Permets que je les offre à la patrie ingrate, Pour que mon dévoûment , payé par des mépris. Se suffise à lui-même , et trouve en soi son prix.

— Hélas 1 que deviendra la malheureuse France Si les méchants , eux seuls , ont la persévérance 1 Et contre leurs fureurs quel rempart aurons-nous. Si tous les gens de bien raisonnent comme vous?

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