‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 212 sur 251 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Je ne veux plus livrer ce nom à des mépris Que le peuple déjà n*a que trop bien appris.

Plus d'échafaud d'ailleurs , ni pour eux , ni pour d'autres!

— Mes yeux ne sont pas plus timides que les vôtres : Je comprends un moment de colère , un frisson ,

Un vertige sanglant qui trouble la raison ,

Déchaîne les instincts de la bête féroce,

Et pousse tout un peuple à quelque drame atroce.

L'humanité gémit et se voile le front ;

C'est la vengeance , c'est épouvantable et prompt ;

— Mais que la fièvre cesse et la soif soit la même 1 Ériger froidement l'échafaud en système !

Fi donc 1 j'aimerais mieux , mourant avec honneur, Être guillotiné , qu'être guillotineur !

MARAT

A ton gré !

ROBESPIERREi se lerant et allant rets Danton et Marat.

Citoyens , trêve à cette dispute I Le patriote est calme et gravement discute.

DANTON

Morbleu ! je parle haut , et ne pratique pas La prudence de ceux qui s'indignent tout bas.

Il Ta s'asseoir vers la table dans le fauteuil de Marat. MARAT.

Le silence est habile , et plus d'un bon apôtre èait, entre deux partis, ménager l'un et l'autre.

ROBESPIERRE*

Je ne ménage rien , Marat. — Quand il le faut, Je suis homme , Danton , à savoir parler haut.

— Toujours le bien public me dicta ma réponse ; Et puisque vous voulez qu'ici je me prononce , Deux partis dangereux se disputent TÉtat :

L'un pousse à la faiblesse , et Tautre à Tattentat. Ceux-là , les corrompus , sont prompts à l'indulgence ; Ceux-ci , les forcenés , ne rêvent que vengeance ; Les uns veulent fonder, noblesse pire encor, La noblesse bourgeoise et le règne de For; Les autres , appelant le pillage à leur aide , Lâchent les indigents sur celui qui possède.

C'est le vice ou l'excès. — Eh bien 1 je ne suis pas Du parti des Verres , ni des Catilinas.

DANTON

Oui , Cromwell te plaît mieux.

ROBESPIERRE

Leur liberté profane A l'air d'une bacchante ou d'une courtisane.

— J'aime le peuple ; — à lui le souverain pouvoir ! Mais je ne fais appel qu'à l'instinct du devoir ;

Je parle au dévoûment et non pas à l'envie ; Ma voix par la morale au bonheur le convie.

Quand luiront-ils pour nous ces beaux jours fraternels !

— Quand nous ne craindrons plus les complots criminels.

* Marat assis k gauche, Robespierre debout au milieu de la scèno , Danton assis à droite.

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