‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 26 sur 251 · BRUTE, TULLIE · texte numérisé non relu

BRUTE, TULLIE

BRUTE

Qu'en pensra-vous, Tullie?

Trouvez-vous que ce soit assez être avilie ?

Qu'espérez-vous encor qui soit plus infamant? Ne vous suffît-il pas des mépris d'un amant?

Et pour rassasier un cœur comme le vôtre , Vous faut-il essayer des mépris de quelque autre? — Dites-moi donc , Tullie : estrce là le tableau Que devait éclairer le solennel flambeau?

Est-ce donc pour cela qu'à la main du flamine Vous avez présenté le gâteau de farine ,

Et , qu'offrant à Junon des victimes sans fiei , Vous l*avez attestée , au-devant de l'autel?

Quand , la tète voilée et ceinte de verveine , La robe jointe au corps par un bandeau de laine , La quenouille à la main , vous avez pénétré Au delà de ce seuil à Vesta consacré , Aviez-vous résolu d'en chasser fei déesse Par l'impie appareil de votre folle ivresse?

— Si le ciel , qui voulut aifaiblir ma raison , M'interdit de régir moi-même ma maison , Deviez-vous pas bien mieux soigner d'un œil austère L'honneur dont vous étiez seule dépositaire ?

Et combien votre nom serait-il rehaussé .

Si vous aviez vécu pour le pauvre insensé !

C'était là le sujet d'une gloire suprême , Et vous vous la deviez , si ce n'est à moi-même. Vous pouviez surpasser Lucrèce ; comparez Quelle vous pouviez être et quelle vous serez.

— Assez de honte ainsi ! que tout cela finisse !

Il n'est plus qu'un moyen qui vous en affranchisse. Tullie , écoutez-moi. Ce que je vous dirai Par la seule pitié m'est pour vous inspiré.

Vous m'êtes , quant à moi , tellement étrangère Que mon indifférence a tué ma colère , Et j'ai de toute aigreur fait un tel abandon Que l'extrême dédain remplace le pardon.

Prenez donc mon conseil comme je vous le livre , Et vous verrez après si vous le devez suivre.

— Moi , si j'avais commis quelque indigne action , Je chargerais mon bras de ma punition ; J'expirais mon forfait par un fier sacrifice ,

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