‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 65 sur 251 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Lorsque publquement j'ai prononcé la peine , Que mon glaive dormît sur ma sentence vaine.

AGNÈS

Ah ! Dieu ! voilà la guerre et les chocs meurtriers Où tombent les meilleurs , les rois tout les premiers 1 Richard en est l'exemple : atteint d'un coup de flèche , Tout Lion qu'il était , il est mort sur la brèche.

PHILIPPE

Il est mort en Lion y ainsi qu'il a vécu.

Qu'il dorme avec honneur, couché sur son écu ! Quoique son ennemi , j'estime sa mémoire , Et je voudrais mourir avec autant de gloire.

— Où sont les deux enfants ?

Agnès dort au berceau , Sire , et Philippe joué en la cour du château.

PHILIPPE

Nous irons tout à l'heure auprès d'eux ; je regarde Les baisers qu'ils me font comme une sauvegarde , Et le double collier de leurs bras innocents , Comme un charme vainqueur des glaives impuissants.

— Et puis, j'invoquerai saint Denis et ma dame , Et que le nom d'Agnès protège l'oriflamme !

AGNÈS

Quoi ! Sire , est-c^ aujourd'hui qu'on doit la déployer ?

— C'est trop vrai ! — Vous voilà tout prêt à guerroyer I

C'était donc pour cela que ce f^r de bataille Sonnait , à vos côtés , sur la cotte (Je maille 1

PHILIPPE

Oui , j'ai prévu l'arrêt ; et , d'avance appelé , Le ban de mes vî^ssaux est déjà rassemblé , Afin que Jean-sans-Terre , ^ la même minute , Sache comment je juge et comment j'exécute.

Entends le bruit du fer dans ma cour ! — Aujourd'hui , Puisque Jean ne vient pas à moi , je vais à lui.

AGNàS.

Aujourd'hui même !

PHILIPPE

Ah 1 ah 1 Jean-^im^-irprr^ , i pe çQWPte , Deviendra Jean sans terre , et de nom et de honte.

— Merci , Jean l'assassin ! Je ne suis pas fâché D'avoir eu ce prétexte à prendre ton duché.

Le beau duché normand l il est ^e bpi^ne prise.

Je vais donc assouvir ma longue convoitise !

Un si proche butin irritait mon désir ;

Mon bras se fatiguait à croire le saisir.

Mais aussi, par ma foi ! c'est menace trop forte ,

Que les rois d'Angleterre ai^nt en France une porte ,

Soient ducs de Normandie , et tiennent dans leurs main^

La clef qui de Paris leur livre les chemins.

Quoi ! de la Normandie au bout de l'Aquitaine ,

L'Océan ne voit rien qui ne soit leur domaine !

Ouoi 1 le fleuve qui passe au pied de mon palais ,

Ouvre son embouchure aux vaisseaux des Apglais !

— Cela ne peut durer ; la Normandie anglaise

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