ACTE II
Que moi , qui n'ai pas Tair de m'effrayer sans cause , Chaque fois que j'y songe , il me prend des frissons.
ROBERT
Certes , c'est dire assez ; car nous vous connaissons.
GUILLAUME
Figurez-vous , la nuit , dans notre cathédrale ,
Tout le clergé , tenant la torche sépulcrale.
Les cloches , prolongeant de tristes tintements ,
Sonnaient le glas des morts , comme aux enterrements ,
Tandis qu'on entendait monter dans les ténèbres
Les psaumes pénitents et les hymnes funèbres.
La croix gisait par terre ; au fond des souterrains
On avait enfoui les reliques des saints ;
Un crêpe noir couvrait la face de la Vierge ,
Et l'autel dépouillé ne portait pas un cierge.
— Au milieu du clergé nous apparut alors ,
Vêtu de violet , ainsi qu'au jour des morts ,
Le légat , qui , devant la multitude blême ,
D'une lugubre voix , proclama l'anathème ;
Puis , brandissant en l'air le sacré parchemin ,
Il jeta le flambeau qu'il tenait à la main ,
Et soudain chaque prêtre , imitant cet exemple ,
Laissa tomber le sien sur les carreaux du temple.
Tout s'éteignit. — Ce fut une morne stupeur,
Que rompirent bientôt des bruits qui faisaient peur.
La nuit noire , la foule invisible et mouvante ,
Les femmes , qui poussaient de longs cris d'épouvante ,
Les hommes , meurtrissant leurs fronts sur les pavés ,
Transformaient le lieu saint en lieu de réprouvés.
Je doute que l'horreur eût été plus profonde Si l'ange eût tout à coup sonné la fin du monde ! Et parmi les sanglots et les gémissements , Des cris accusateurs s'élevaient par moments ; Sur la cause du mal ils appelaient la peine ; Ils épargnaient le Roi , mais maudissaient la Reine.
ROBERT
Oh ! oui , c'était affreux ! — Moi-même j'en frémis. — Mais quel crime la Reine a-t-elle donc commis ?
Elle ! madame Agnès ! avoir commis un crime ! Vous ne connaissez pas cette douce victime.
ROBERT
Eh bien ?
GUILLAUME
Son mariage est nul , à ce qu'on dit.
Ils veulent que le Roi la chasse de son lit.
ROBERT
Guillaume , en vérité , ceci me semble infâme. Maltraiter la faiblesse ! Outrager une dame ! Fi l — N'avez-vous donc point ici de chevalier Qui s'offre à la défendre en combat singulier ?
GUILLAUME
Pas un ne s'offrirait.
ROBERT
Alors je suis cet homme !