ACTE II
Un moine ijuffîsait pour faire autant de lâches
De tous ces chevaliers portant heaume et panaches.
GUILLAUME
Sire !
PHILIPPE
Va , nous savons que tu n'es pas comme eux.
Ètie le plus loyal , sied bien au plus fameux.
— Regardez-le , Robert : celui qui le regarde Voit en lui mon armée , et ma cour, et ma garde. Je n'ai que lui. — Que faire : à ce point indigent Que je ne puis lever deux hommes contre Jean ?
— D'ailleurs il ne convient , en ce moment de crise , Ni de livrer mon trône aux complots de l'Église ,
Ni de livrer Agnès à tant d'inimitié ;
On me regorgerait sans merci ni pitié.
Accommodons au sort notre âme un peu moins haute !
Adieu, grandeur ! — Ma cour est bien triste , mon hôte ;
Pourtant , Guillaume et moi, de tout notre pouvoir,
Nous nous ferons joyeux pour vous mieux recevoir.
Vous êtes un vaillant , je le sais , sire comte.
Vos faits d'armes nombreux sont de ceux qu'on raconte ;
J'en fus témoin , moi-même , aux rives du Jourdain.
Nous nous rappellerons le sultan Saladin.
— Puis , je vous montrerai cette Agnès qu'on outrage ; D'un sourire pour vous elle aura le courage ;
Vous direz s'il se peut qu'on manque assez de cœur Pour n'en pas adorer l'angélique douceur 1
ROBERT
Sire, à ce bon accueil je renonce avec peine ;
132 AGNES DE MERÂNIE.
Mais je vais contre Jean défendre mon domaine. — Adieu , noble seignem*, qui faites éclater Un grand cœur que le sort ne peut pas surmonter ! Je me sens entraîné , d'amitié peu commune , A suivre votre bonne ou mauvaise fortune ; Et, mes ordres donnés, je reviendrai. Seigneur, Pour être , avec Guillaume , à son poste d'honneur.
Il sort.