ACTE II. J
Mais mon bras est à vous comme par le passé.
Je reviendrai le même , à votre premier signe. Il peut vous arriver d'en trouver un plus digne ; Mais vous ne trouverez , j'en suis sûr, nulle part , Un plus fidèle ami que cet ami qui part.
— Adieu donc , Monseigneur.
PHILIPPE
Voici ma mam ; demeure.
J'ai trop peu d'amitiés , pour perdre la meilleure. Peut-être d'autres temps m'auraient laissé plus fier ; Mais le malheur est bon , qui rend l'ami plus cher.
GUILLAUME
Ah ! Sire !
PHILIPPE
Je suis donc un prince bien infâme , Qu'un dernier compagnon me jette aussi son blâme ?
GUILLAUME
Cher Sire !
PHILIPPE
Mais du moins écoute-moi ; je veux , Pour me justifier, que nous causions nous deux.
— Et d'abord j'aime Agnès. Force ni raison même Ne pourraient me contraindre à quitter ce que j'aime ; Mais si je la détends par amour, je le doi ,
Et comme chevalier, Guillaume , et comme roi. — Ce n'est pas devant toi , la loyauté vivante , Que la chevalerie a besoin qu'on la vante ;
Tu connais les vertus y pour les avoir au coeuri Que verse en un pays cette source d'honneur ; C'est le sacré baptême , où Ton trempe la lance Sur laquelle on inscrit Courtoisie et Vaillance ; Nous sommes tous nés d'elle ; et nos plus hauts barons , S'ils n'étaient chevaliers , ne seraient que larrons. 11 faut , n'estril pas vrai , que celui qui commande Garde à la nation les mœurs qui la font grande , Et que par sa conduite il tâche d'enseigner Le culte des vertus qu'il doit faire régner?
— Et cependant , tu veux que moi , que l'on contemple , Moi , chef des chevaliers , qui leur donne l'exemple , Dégradant mon écharpe , et manquant à mon vœu ,
A ce vœu que Ton fait aux dames comme à Dieu ,
Je sacrifie Agnès , dame de ma pensée ,
Et lui fasse défaut quand elle est menacée I
Mais — tu fus mon parrain ; tu n'as pu l'oublier : —
Toi-même , tu m'as dit , en m'armant chevalier .
« Sois preux , hardi , loyal ; sers ton Dieu ; sers ta dame ;
« Prête au faible opprimé l'appui qu'il te réclame. »
— Oui , quand j'ai pris le heaume en tête , j'ai juré De défendre ma dame , et je la défendrai ;
Et quand j'aurai failli , j'aurai d'abord , Guillaume , Voilé mon écusson , et déposé mon heaume.
GUILLAUME
Sire , en blâmant Richard , vous disiez maintes fois Que les bons chevaliers ne font pas les bons rois.
PHILIPPE
Maintenant le roi parle : — Il n'importe à ma cause