‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 87 sur 251 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

AGNÈS

Il ne m'en parle pas , de peur de m*affliger.

— Il n'est que trop facile , hélas ! de les comprendre ; Mais de sa bouche encor voudrais-je les entendre.

— Dites !

Guillaume se tait.

Répondez-moi , sans ménager les coups ; J'arrive préparée , et j'attends. — Croyez-vous Que je ne plonge p£ts dans sa douleur captive ; Qu'il en échappe un signe à l'amante attentive , Et que le fond du cœur, dans les yeux regardé , Ne trahit pas le mot que la bouche a gardé !

Il pense m'abuser par une gaîté feinte ; Mais je vois l'amertume à travers la contrainte. Après un long silence , il parle brusquement , Comme pour se sauver de son abattement.

Pauvre Philippe ! — Ainsi , je suis son mauvais ange , Moi , qui lui voudrais tant un bonheur sans mélange ! Aux endroits où je suis il porte ce chagrin , Que l'honneur l'appelait sur un autre terrain 1 Chaque heure qu'il me donne est prise à sa mémoire ! Je l'attache à sa honte , et lui vole sa gloire I — Enfin , vous voyez bien que vous pouvez parler ; Et puisque je le sais , à quoi bon le celer?

XoWk ce qu'il se dit ! — L'a-t-il dit ?

Non , Madame ; Ce n'était pas sur vous qu'il en jetait le blâme.

14f AGNES DE MERANIE.

AGNÈS

Mais il s'en plaignait donc I Guillaume ! Il s'en plaignait ! Il n'est donc pas tranquille autant qu'il le feignait ! Ce calme dédaigneux , cet air de moquerie , N'étaient donc qu'un apprêt et qu'une tromperie ! Et d'un rôle gênant , qu'il jouait par pitié , Il courait s'affranchir au sein de l'amitié ! Un autre avait sa pleine et libre confidence , Quand il ne me parlait , à moi , qu'avec prudence !

— folle que j'étais , de croire à ses propos , D'espérer que Philippe acceptât le repos ,

Et que lui , si bouillant , si prompt contre l'outrage ,

De tant de patience il fît l'apprentissage !

C'était bien impossible. — Ah ! je lui coûte cher.

— Donc , il vient de se plaindre ? — et d'un ton bien amer?

Gaillaume se tait.

J'entends votre silence. — Et la mesure prise, Qui doit dans quelque temps terminer cette crise ? Ce grand coup qu'il prépare avec sécurité ?

Autre jouet offert à ma crédulité !

— C'est peut-être encor pis que je ne l'imagine ?

— Le Roi court des dangers? — Il touche à sa ruine?— Vous ne répondez pas ! — Ah ! c'est donc vrai ! — Mais (]iioi Quel moyen? quel salut? — Voyons : conseillez-moi : — Parlez : — mais parlez donc !

N'insistez pas , de grâce.

J'affronterais plutôt vingt lances sans cuirasse ,

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