‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 9 sur 251 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Écoutez , Junius , ce que je veux vous dire.

Je vous suis attachée , et vous l'avez dû voir, Car j'ai mis tous mes soins à vous bien recevoir, Du jour où > d^agé par vos mains intrépides Du glaive des Sabins et des Yolsques rapides , CoUatia vous ouvrit son seuil hospitalier, Et vous fit prendre place au foyer familier.

BRUTE

n est vrai.

CTest assez que mon mari vous aime , Et cher à mon mari vous Tètes à moi-même.

Vous étiez malheureux , de plus ; mon amitié , En face du malheur, s'accrut de la pitié.

Chaque nouvel affront, porteur d'une souffrance , Était un aliment à ma persévérance ; Mais après la pitié survint l'étonnement De voir un Junius dans cet abaissement.

Mon esprit recula devant cette merveille D'un pareil descendant d'une race pareille , Et pour avoir enfin mes doutes résolus , J'observai , je compris , — et je ne doute plus.

BRUTE

Et qu'avez-vous compris ? qu'avez-vous cru comprendre ?

Qu'un feu qui semble éteint couve sous de la cendre»

BRUTE

Que dites-vous?

En vain vous vous rapetissez ; Brute , vous n*étes pas ce que vous paraissez. Depuis que j'ai les yeux sur vous , tout me l'atteste , L effort de votre voix , votre air et votre geste. Votre stupidité n'est qu'un déguisement.

Vous vous faites petit , de peur d'être trop grand.

BRUTE

Je suis grand en effet , et si grand qu'on me nomme , D'un accord général , le plus grand fou de Rome.

Certain jour, vous présent, on disait nos aïeux;

Romulus , fils de Mars , reçu parmi les dieux ;

Comment il disparut du milieu de sa suite ,

Quand une nuit soudaine eut mis le peuple en fuite ;

Quelques-uns l'avaient vu s'élancer dans les airs ,

Sur le char de son père , environné d'éclairs ;

Mais d'autres soupçonnaient , et c'était le grand nombre ,

Le sénat conjuré d'avoir frappé dans l'ombre.

— J'interrogeai vos yeux à Ce point du récit.

Un rayon y passa , qui sitôt s'obscurcit.

Mais c'en était assez. — Ce rayon de vengeance

Éclaira de vos plans toute l'intelligence.

— Et tout à l'heure encor, n'avez-vous pas laissé

S'exhaler devant moi votre cœur oppressé?

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