‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 90 sur 251 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE MOINE

Vanités et néant ! — Voilà donc ce palais Où les prospérités s'endormaient dans leur paix , Où l'orgueilleux monarque et la femme étrangère , Échangeant des plaisirs la coupe mensongère , Ne se souvenaient pas qu'un plaisir défendu Échappe au convié , comme un vin répandu !

Dieu renverse Tespoir sur qui Thomme se fonde , Et n'épargne pas ceux qui gouvernent le monde ; Il les trompe , et les perd dans de mauvais chemins , Montrant que la sagesse est toute dans ses mains ; Puis il frappe ; — et les rois descendent de leur gloire. Tout instrument est bon , à l'heure expiatoire : C'est un moine inconnu , qui , surgi par hasard , Grave le triple arrêt aux murs de Balthazar ; C'est moi qui suis la main de ce bras formidable Qui s'allonge d'en haut sur le front du coupable. — Salut! royal palais foudroyé ! — Ton aspect

Retient une grandeur qui me force au respect ; Ta désolation , elle-même , est auguste ; Et moi , l'exécuteur d'un jugement trop juste , Ému du châtiment où j'ai participé , Je te salue encore , après t'avoir frappé.

Une pause.

Puissance de l'Église ! A cette époque même

Où le droit de l'épée est la raison suprême ,

Un homme seul , armé du seul glaive des lois ,

Parmi leurs légions , peut triompher des rois 1

miracle inouï , que dans la turbulence ,

Quand le pontife parle , il se fasse un silence ;

Qu'en ce débordement que l'on voit aujourd'hui ,

Les flots des passions reculent devant lui 1

— Parfois les royautés s'indignent de l'entrave :

On menace le pape , on l'insulte , on le brave ,

On cherche à se venger, par un effort moqueur,

D'un respect inconnu qu'on sent au fond du cœur ;

Car en ces temps grossiers , où la règle est nouvelle ,

Ce n'est qu'en l'outrageant qu'on s'incline sous elle ;

Mais le pontife saint , fort de la vérité ,

Dans les rébellions marche vers l'unité.

n sait que de lui seul dépend le sort du monde ,

Et que l'œuvre des rois sans lui n'est pas féconde.

Quand des sociétés les antiques faisceaux ,

Sous des milliers de mains , se brisent en morceaux ,

En vain à rassembler la royauté s'efforce ;

La force est impuissante à contraindre la force.

Le seul nœud des États est une même foi ;

Il faut monter à Dieu pour retrouver la loi.

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