‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 103 sur 337 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

MARGUERITE

Oh ! VOUS pouvez m'on croire :

Cette maternité sera ma seule gloire.

AGNÈS

Non , je n'accepte pas ce dévoùment entier. Sois femme , comme moi , d'un noble chevalier; De beaux enfants connais , comme moi , la richesse ; Mais entre eux et les miens partage ta tendresse. Plus heureuse que moi , puisses-tu conserver Tout cet enchantement quon vient de m'enlever !

— Vous , Guillaume , c'est vous en qui plus tard j'espère Pour exciter mon fils aux vertus de son père ;

A la lance des preux habituez sa main ; Quand il faudra l'armer, servez-lui de parrain. Ah ! je ne verrai pas la belle mine fière Qu' 1 aura ce jour-là sous sa robe guerrière !

— Ils sont là , tous les deux , le frère avec la sœur ; Je les ai , ce matin , pressés contre mon cœur. Non, non , je ne veux plus les revoir , car j'ignore Si , les ayant revus , je partirais encore.

— Palais , où je croyais pouvoir finir mes jours , Je te quitte , palais qui gardes mes amours !

— C'est donc fini ! — Pour croître encore mon supplice , De tout ce que je perds je sens mieux le délice ;

Je n'en ai pas jadis assez bien profité ;

Je m'abandonnais trop à ma sécurité.

Ah ! ([uand je serai loin , de souvenirs avide ,

J'eiu irai même , im jour, cet adieu si rapide.

— Adiou , palais! adieu, mon jiai adis ! défends

172 AGNES DE MERANIE

De ce qui leur nuirait Philippe et mes enfants !

Adieu ! — La cour des rois chez toi va reparaître ;

Philippe y trouvera d'autres amours peut-être ;

Philippe m'oublîra ; mais je l'ignorerai ;

Avant de le savoir, je crois que je mourrai.

— Adieu, toute ma vie ! — Adieu, toute mon âme !

— Je suis prête à présent, Guillaume.

LE MOINE

Bien , Madame !

FIN DU TnOISIEME ACTE.

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