ACTE I
Tout plaisir cndorini , toute i^'ailr niuhule. — Allons , réveille-nous !
BRUTE
Comment vous contenter ?
Voulez-vous que je danse, ou vaut-il mieux chanter?
SEXTIS.
Toi ! chanter de ce son de voix si lamentable !
BRUTE
Laissez-moi vous conter, Sextus , une autre fable. Le coq chantait un jour; la taupe, cependant, Lui trouvait la voix aigre et le cri discordant : « Ne se taira-t-il point? quelle est cette inconnue, « Cette aurore à laquelle il dit la bienvenue ? » Le coq lui répondit : « Je chante le réveil , « Parce que j'ai des yeux, et peux voir le soleil. »
SEXTUS
Où veut-il en venir avec ses apologues?
BRUTE
Remarquez bien , Sextus , ces deux points analogues : Puisque je vous réveille , et qu'ainsi vous dormez , Je suis le coq , et vous la taupe aux yeux fermés.
SEXTUS
Non, la taupe, c'est toi. Brute, sans aucun doute. Car, si ton œil y voit, ton esprit n'y voit goutte. Pauvre idiot !
COLLAT IN
Sextus , c'est trop de dureté.
Ménagez Brute , au nom de l'hospitalité. Il est ici mon hôte et mon toit le protège. D'ailleurs envers les dieux c'est presque un sacrilège. Celui sur qui Minerve étendit son courroux , Tant qu'il est sous sa main , devient sacré pour nous.
SEXTUS
Bah ! le trait ne mord pas , vu l'épaisseur du crâne ; Jamais coup do bâton ne cassa tète d'âne.
BRUTE
Pourtant , me voyant choir, vous dites l'an passé :
« Prends garde : Un cerveau creux est bien vite cassé. «
— Vous vous contredisez.
SEXTUS
Ah ! oui , j'en ai mémoire , Et je vous veux , Lucrèce , amuser de l'histoire. Peu s'en faut qu'à nous tous Brute n'ait fait la loi. Si sa mère eût vécu , Brute aurait été roi. Je voudrais , pour ma part , assister à la fête , Et le voir sceptre en main et diadème en tète.
— C'était quand Apollon , aux carquois redoutés, Affligeait les Romains de ses traits empestés. Mes frères , Brute et moi , nous allâmes en Grèce Du temple Delphion consulter la prètress(\ Après avoir posé sur les autels du dieu ,
Nous de riches présents , et Brute un vilain pieu ,