ACTE IV
A GNÈS.
Ciel !
LE MOINE
Mais je vous l'ai dit , je l'ai rendu sacré , Et ma protection le suit contre son gré. Ainsi , soyez en paix. — Et maintenant , IMadame , Je viens vous rappeler à votre grandeur d'âme. Si vous voulez partir, voici votre gardien.
AGNÈS
On ne l'a pas permis, quand je le voulais bien.
LE MOINE
Le peuple a disparu ; fùt-i! à votre porte ,
Vous n'avez rien à craindre, étant sous mon escorte.
Rien ne s'oppose donc. Madame, à ce départ.
AGNÈS
.le n'y puis plus songer à présent; c'est trop tard.
LE MOINE
Soit , Madame. Le Roi sera déposé.
Grâce !
Uh ! grâce, Monseigneur I i\no. faut-il que je fasse? Je me suis mise en route, et vous l'avez bien vu ; J'avais tout calculé , tout réglé , tout prévu ; Je me calomniais, pour n'être pas suivie; Comnicnl p(»uvais-je mieux iirouver ma bonne envie?
186 AGNES DE iMERANIE.
Ensuite est-ce ma faute"? ai-je dû deviner (Ju'un peuple furieux voudrait ni'assassiner? Le Roi , ce noble cœur, le Roi m'a protégée, Ma ramenée ici , pressée , interrogée , Tant que je n'ai pas eu la force de mentir, Et qu'ayant avoué , je ne peux plus partir.
LE MOINE
Tous ces empêchements , Madame , auraient leur terme , S'il vous plaisait de dire une parole ferme.
AGNÈS
J'ai parlé fermement; je crois, du moins. J'ai dit Ce qui m'est survenu de plus fort à l'esprit. Il est vrai, j'aurais dû garder l'air insensible; J'aurais dû mieux mentir. Mais était-ce possible? Ah ! si vous l'aviez vu se plaindre et m'accuser ! Quiconque eût été là , me devrait excuser. — Enfin, si j'ai failli, la faute est consonnuéo ; Il sait trop ([ue je l'aime , et je suis trop aiiuée ; Il ne me permettra jamais de me bannir. Ou vous ne savez pas ce (pii p(Mit advenir !
LE MOINE
Bref! Vous ne voulez plus expier votre crime?
AGNÈS
iMon crime ! — Eli bien ! voyons ! voici votre victime : Confondez-la I — C'est trop qu'on soit persécuté , El qu'on demande en vain comment c'est mérité ! Vous, qui me poursuivez avec tant de furie, Quel est le crime affreux dont je me suis Iléfrie?