‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 116 sur 337 · ACTE TV · texte numérisé non relu

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Sera-t-il pas (ouclié , quand il verra de près L'habitude des pleurs empreinte sur mes traits? Car trembler et pleurer, c'est ainsi que j'existe ; Je ne me souviens plus comment on n'est pas triste.

— Oh! comme il jouira de mes ravissements! Quelle douceur pour lui dans mes remercîments ! Aux transports inouïs de ma reconnaissance ,

Il pourra s'expliquer ma désobéissance ;

Et comprendra , voyant quels étaient nos amours ,

Que nous ayons voulu les prolonger toujours.

— Puis , si ma faute encor doit être châtiée , Si ce que j'ai souffert ne l'a pas expiée,

Je prendrai dans un cloître un habit pénitent, Un jour, — lorsque le roi ne m'aimera plus tant.

GUILLAUME , qui est entré depuis quelques instants.

Ajoutez-y que, moi, le chevalier Guillaume, Je donnerai mes fiefs aux couvents du royaume , Mon argent, ma vaisselle, et tout ce qui me sert, Mon cheval des combats même , avec mon haubert , Et j'irai , ne vivant que de miséricorrle , Jusqu'à .lérusalem , pieds nus , ceint d'une corde ; Là , consacrant à Dieu mon for de chevalier, J(; ferai vœu de vivre et mourir templier.

^ladame , levez-vous. C'est une vaine instance. Le pape no peut pas révoquer sa sentence. Le Roi , dès aujourd'hui , Madame , aura cessé D'illustrer l'adullère, ou son règne est passé.

190 AGNES DE MERANIE.

GllLLAUME.

Ne vous abaissez plus , Reine ; votre prière , Avant ces cœurs de moine, amollirait la pierre!

AGNES, se rclovant et regardant le ciel.

Que ma perte , Seigneur ! retombe donc sur eux ! Qu'ils trouvent à leur tour un juge rigoureux ! Vous avez vu , Seigneur ! combien leur àme est dure , Et jusqu'où leur rancune a poussé ma torture ; Quand ils voudront fléchir votre sévérité , Soyez impitoyable, autant qu'ils l'ont été!

Au moine.

Et vous , qui me parliez du tribunal suprême, Tremblez plus tôt que moi d'y paraître vous-même ! C'est vous qui répondrez des milliers de chrétiens Dont vous aviez la garde, infidèles gardiens ! Vous, qui fermez le ciel où vous deviez conduire, Et, chargés de sauver, travaillez à détruire ; Vous, qui, parce qu'un seul fut désobéissant. Damnez, du même coup, tout un peuple innocent ! C'est vous qui répondiez, quelle qu'en soit la suite. Du dernier désespoir où vous m'aurez réduite ! Et puisse mon exemple être un enseignement Qui témoigne à jamais de votre acharnement ! Puissent les nations s'émouvoir, et comprendre A (|u('lle tyrannie elles doivent s'attendre! Puissent venir un jour, où tout le genre humain Se sera révolté contre le joug romain , Où l'on aura brisé les foudres de ce pape Qui ne se fait connaître à nous que lorsqu'il frappe,

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