‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 14 sur 337 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

BllUTE.

« Celui qui le premier embrassera sa mère « Régnera le premier. « Et j'embrassai la terre. N'ai-je pas accompli l'oracle ? — Et puis encor, Quand j'eus offert au Dieu mon bâton rcmi)li d'or : « Brute , me fut-il dit , tu m'offres ton emblème ; « La substance est pareille , et l'écorce est la même. « Le bâton brisera le sceptre , et , par deux fois , « Le nom (pi'on donne aux fous sera fatal aux rois. «

U se lève.

Qu'on donne aux fous! — C'est bien celui dont on ne nomme ;

Mais alors c'est donc moi qui gouvernerai Rome !

En effet , j'éprouvais comme un élaiiccment

Qui m'emportait en haut vers le commandement ;

Et cet oracle intime élait déjà le signe

Que je dominerais et ([ue j'en serais digne.

Ali ! je gouvernerai !... l'arrêt du sort est clair ;

Et puis , je sens monter un orage dans l'air.

Tarquin veut tout soumettre au niveau qu'il promène ;

Il courbe avec effort la noblesse romaine ,

Et si quelques sommets tendent à s'exhausser ,

Il abat chaque front qu'il ne peut abaisser.

Telle envers le sénat parut sa politique ,

Quand , ce corps invoquant son privilège antique ,

L'usurpateur jaloux fit taire ses griefs

En le décapitant de ses plus nobles chefs.

Mais contre lui s'amasse une colère sombre.

Sous la soumission la haine croît à l'ombre ,

Et , quoiqu'on obéisse enfin sans murmurer,

Qui ne murmure plus est près de conspirer.

— Oui , Lucrèce a dit vrai ; quelque chose s'apprête. Vienne une occasion , vienne un homme à leur tète , Et les patriciens , mal fléchis par les rois ,

Sauront se redresser pour ressaisir leurs droits.

— Et cet homme, c'est moi , qu'attend l'honneur suprême De venger mon pays , et mon père , et moi-même , D'affranchir l'avenir, de punir le passé,

Et de glorifier mon surnom d'insensé !

— Patience ! les jours n'ont pas atteint leur borne ; On n'est pas furieux encore , on n'est que morne. C'est un calme inquiet , semblable à cette horreur Qui de l'éther tonnant précède la fureur.

La menace des cicux attenil qu'un vent l'allumo. Sommeillez jusque-là , foudres , sur mon enclume ! Noble sang des aïeux , qui me gonlles le cou , Redescends indigné dans les veines du fou !

— Et toi, Rome que j'aime et ijuc souvent j'invoque,

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