ACTE II
Qui confisque leurs droits , d'une main si brutale; Ou s'il est entendu que Paris désormais Représentera seul tout le peuple français, Et si l'on souffrira que ces nouveaux despotes Suppriment la province et déchirent ses votes. Voilà ce qu'ils vont voir, madame. — En attendant , Fugitifs à travers les pays d'occident , Alarmés en plein jour des rencontres fortuites, Comme des malfaiteurs qui craignent les poursuites , Perdus, la nuit, parmi de nouveaux horizons, Ils demandent leur route , ainsi que nous faisons ; Heureux , si quelquefois une \ oix généreuse Vient enchanter aussi leur course aventureuse !
Heureux qui , rencontrant ces nobles pèlerins , Pourrait de leur exil adoucir les chagrins !
— Dites la vérité : vos amis , et vous-même , Vous êtes , citoyen , ces Girondins que j'aime?
B An B A ROUX.
Vous avez devancé l'aveu qu'on vous devait.
— Voici Buzot , — voici Pétion et Louvet ;
— Moi , je suis Barbaroux.
CHARLOTTE
Noms fameux, tous les ([uatrc!
Pétion , qui fut roi do Paris idoh'ilre ! Buzot , le digne ami de madame Roland ! Louvet, ([ui dénonça Robespierre» Ircnihhint ! El vdiis, n Hnrltaroiix , le hcMos de Marseille'.
â'.G CHAHIA)TTE CORDA V.
— Ali ! vos noms bien souvent ont frappé mon oirille, Et mon plus ardent rêve au ciel n'eût demandé
Que le don de vous voir, comme il m'est accordé.
S'avançant vers les Girondins.
Salut , vaillants soldats d'une juste querelle ! Fils de la liberté , vous qui souffrez pour elle ! J'avais promis un guide ; eh bien ! ce sera moi ; Je n'entends pas céder ce glorieux emploi.
— Que n'ai-je une chaumière ! elle serait la vôtre ; Mais le lieu que j'habite est la maison dune autre : Ma tante , solitaire et pauvre , m'y reçoit ;
Et cependant je puis vous procurer un toit.
BARBA ROUX
Nous le demanderons au conseil de la ville , Madame; nous voulons un peu plus qu'un asile. Si la ville de Caen n'a pas dégénéré, Nous asseoirons à Caen un nouveau ÏNIont-Sacré , D'où la France réponde à Paris , qui la bravo , Par un libre sénat contre un sénat esclave.
CHARLOTTE
Venez donc , citoyens ! Il me tarde de voir Se lever ce beau jour dont vous m'offrez l'espoir; Il me tarde aussi bien que l'honneur en revienne A la ville de Caen dont je suis citoyenne.
— Quelle gloire i)our Caen ! Paris déshérité Va de ses plus grands noms enrichir ma cité , Au point (lu'clle peut dire , a\ ec raison pareille , Ce que dit un llomain chez mon aïeul Corneille :