ACTE II
A la fois consulté Toracle d'Apollon , L'oracle de Lycurgue et celui de Selon.
— Sparte divise en deux l'autorité royale.
De ses deux rois rivaux la puissance est égale ; En sorte que chacun , sur l'autre ayant les yeux , Lui sert de frein au mal , et d'aiguillon au mieux. Ainsi l'un contient l'autre , et cet heureux partage Tourne leur jalousie au commun avantage. Mais un règne trop long fait des loisirs trop grands. L'habitude du trône engendre les tyrans.
— Il vaut mieux en cela suivre la loi d'Athènes : Alors que la carrière a des bornes certaines , L'ambition des chefs , ardente à s'illustrer ,
Se hâte , et ne prend pas le temps de conspirer. Aucun d'eux n'est tenté d'abuser de l'empire , Car chacun à son tour craint de l'éprouver pire , Sachant que le pouvoir lui glisse dans la main , Qu'il commande aujourd'hui pour obéir demain. Puisque ainsi chaque mode a son côté plus sage , Je voudrais qu'on puisât dans l'un et l'autre usage ; Que Rome , comme Sparte , obéit à deux chefs , Mais prescrivit un terme à leurs pouvoirs plus brefs , Et, pour choisir le point qu'Athènes nous enseigne, Dans le cercle d'un an bornât leur double règne.
— Tel est mon plan , Valère , et je tiens pour certain Qu'il prépare au pays un glorieux destin.
Tu connais maintenant mon sentiment intime ; Dis-moi s'il a ton blâme, ou s'il a ton estime.
VAI.kUE.
D'Égérie elle-même , ô grand législateur !
Ton projet a reçu le souffle inspirateur.
Il est digne à la fois du pays et de l'homme ,
D'être conçu par Brute , et pratiqué par Rome
Eh bien ! à l'accueillir dispose les esprits ; Ils le serviront mieux , quand ils Tauront compris , Et leur haine du joug en sera plus robuste , Quand ils auront l'espoir d'un gouvernement juste. Occupe à ces leçons notre moment d'arrêt. Surtout , de mon concours garde bien le secret. Aucun homme que toi n'est dans ma confidence.
— Va. J'aperçois Sextus. — Laisse-moi par prudence.
Valère sort, Ei'ute se rassied. Sextus et TuUie entrent parla porte latérale à droite.