‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 206 sur 337 · ACTE IV. 31S · texte numérisé non relu

ACTE IV. 31S

LA JEUNE FEMME

Quelle ressource

Avez-vous , pauvre enfant ?

CHARLOTTE

J'ai de l'or dans ma bourse.

LA JEUNE FEMME

Et cet or épuisé...? Savez-vous un état?

CHARLOTTE

Aucun.

LA JEU.\E FEMME

Cela se voit à votre air délicat ; Mais quoique le travail soit pour vous chose neuve, Il faut s'y résigner en ces moments d'épreuve.

— Écoutez-moi : je suis la femme d'un luthier ; Nous gagnons notre vie à cet humble métier. Pour un hôte de plus ma table est assez large ;

— Venez; ne craignez pas de nous être une charge. Aux travaux de notre art je puis vous employer, Etrœuvrcde vos mains [)aîrii votre loyer.

CHARLOTTE

Vous êtes heureuse ?

LA JEU NE FEMM E

Oui ; nous vivons en famille, .l'assiste mon mari ; je vois grandir ma fille.

CHARLOTTE

Vous n'avez donc pas peur ?

LA JEUXE FEMME.

^lais non. Que craignons-nous ?

Notre destin obscur n'attire pas les coups ; Et d'ailleurs mon mari , content dans son ménage , Ne hante pas les clubs et reste à son ouvrage.

CHARLOTTE, à elle-m.-me .

Il est donc dans Paris , dans l'enfer déchaîné , Pouvant s'aimer en paix , un couple fortuné !

Elle so lève et fait quelques pas.

Ah ! qui suit la nature est dans la bonne voie :

C'est là qu'est la sagesse , et c'est là qu'est la joie !

LA J EU. NE FEMME

Eh bien! acceptez-vous mon offre?

CHARLOTTE

Je ne peux.

Elle revient vci-s la jeune femme et lui prend la main.

Je vous en remercie , et vous suis do mes vœux.

Jouissez dun bonheur dont je me sens jalouse.

— Adieu , joyeuse mère ! — adieu , joyeuse épouse !

Av-int de sortir, elle rcganlo encore la jeune femme et la petite fille, a qui elle tend los bras. La petite ûUe va l'embrasser, Charlotte surt.

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