MARAT, DANTON, ROBESPIERRE
Marat assis , ou plutôt à demi couché , d'un air souffrant, dans le fauteuil, à gauche de la table. — Robespierre assis sur une chaise, de l'autro côté de la table, à droite. — Danton , debout devant sa chaise, entre Marat et Robespierre.
D ANTO.N
Le triomphe est complet. Nous sommes tout-puissants. 1,0 peu[ile élève aux cieux nos noms retentissants. Tout nous appartient , clubs , comités , minislères , Justice, emplois civils et forces militaires; Et la Convention acclame , sans débats , Nos décrets ({u'ellc vote et ne discute pas. La Gironde a longtemps balancé notre empire ; Les destins sont fixés , et la Gironde expire. La révolution est à nous cette fois.
— Eh bien I qu'en ferons-nous, puisciu'elle est à nous trois ?
318 CHARLOTTE COKDÂY.
ROBESPIERRE
La révolution n'api)arlient à personne.
Je ferai , quant à moi , ce que le peuple ordonne.
DANTON
Eh ! sans doute ! le peuple est souverain ; c'est dit ; Mais tu n'es pas aux clubs où cela s'applaudit. Laissons donc entre nous ce mot sonore et vide ; On sait bien que le peuple a besoin qu'on le guide.
Il s'assied.
Je dis qu'il faut régler, par un commun accord , La révolution dont nous tenons le sort.
— Voulez-vous la pousser jusques aux derniers actes , Ouvrir aux passions toutes leurs cataractes ,
Et tout bouleverser, au point que le soleil
N'aura pas encor vu cataclysme pareil ?
Nous le pouvons. — Pourtant songez-y, vous dirai-jc ;
Nous avons abattu le dernier privilège :
Que reste-t-il encor qui puisse être emporté ,
Sinon les fondements de la société?
— Croyez-vous que la crise approche de son terme ? Voulez-vous établir un gouvernement ferme? Nous le pouvons. — D'un mot, créateurs ou lléaux , Nous allons faire l'ordre ou faire le chaos.
De l'audace! ai-jo dit en lançant le tonnerre ;
L'audace est l'instrument révolutionnaire ;
Mais après la bataille il faut pacifier.
Nous avons démoli , sachons édifier.
Autres sont les mo\ ons de construire et d'abattre ,
S'il fallait faire peur, quand il fallait combattre ,