‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 219 sur 337 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Disputez-vous tons deux le champ républicain ! Allez! démasquez-vous! ruez-vous Tua sur Taulre ! Vous fondez mon pouvoir sur les débris du vôtre.

— Petits hommes d'État ! c'est à faire pitié ! Ils ont peur de leur œuvre et la font à moitié.

Il se lève.

— En marche donc ! en marche ! — Au bourgeois qui le chasse, Le grand seigneur vaincu vient de céder la place ;

Marche! — Le privilège est un doux oreiller ; La vanité bourgeoise y voudrait sommeiller; Marche ! Marche ! — Le peuple accourt ; le peuple arrive ; Il est là. — Parvenus! place au nouveau convive! Les bourgeois ont chassé les nobles et les rois ; Bien ! — Le peuple à son tour chassera les bourgeois.

— On commence à voir clair, maintenant ; on se trouble. Seul , dès le premier jour, j'ai prévu ce coup double ; Seul , je sais où je vais , et vais comme au début ;

Je conduis , sans broncher, un principe à son but.

Puisque , moi seul , j'embrasse et poursuis un système ,

A moi seul appartient l'autorité suprême !

.le l'aurai ; je la tiens. — C'est beau ' — Qui l'aurait dit !

Ah ! monseigneur d'Artois, votre employé grandit ;

L'obscur chirurgien des établcs grossières

Travaille maintenant sur des tètes princières ;

Je vois ceux qui riaient des écrits du savant ,

Pâlir, au bruit que fait ma plume en écrivant.

Il va vers sa table et y prend sa plume qu'il regarde avec orgueil.

C'est mon sceptre !

Il regarde autour de lui.

— Voilà mon jialais de Versailles !

Il montre les journaux épars sur sa table.

— Voilà les escadrons qui gagnent mes batailles !

Il va vers la fenêtre et l'ouvre.

— Et voilà mes États : la rue ! — A son réveil , Chacun me lit : partout j'entre avec le soleil,

Et , comme sous le vent la moisson balancée , Tout un peuple onduleux frémit sous ma pensée.

Il regarde longuement dans la rue , et tend les bras au dehors , comme si le peuple était là.

Bon peuple ! il me chérit. — D'autres lui font la cour ; D'autres ont son caprice, et moi, j'ai son amour. Il sent que ma croyance est plus qu'une doctrine , Et que ses passions battent dans ma poitrine.

Il revient sur le devant de la scène.

Oui , je suis son ami ; je ne souffrirai pas

Qu'il s'élève aucun front au-dessus des plus bas.

.le nivelle. — Attila de la démocratie ,

Je brise et foule aux pieds toute aristocratie ;

Je promène , le fer et la flamme à la main ,

Mes barbares du nord dans l'empire Romain.

Je suis gran ! ! je poux tout !

Il pose la main sur sa poitrine.

— Ah ! la fièvre me brûle ; Un poison cnflaninK' dans mes veines circule ;

— C'est la mort.

Il se traîne vers la cheminée , y prend un miroir et s'y regarde,

— Quel bonheur pour mes rivaux secrets, Si du mal qui me tue ils savaient les progrès! Déjà des e.spions comptent, d'un doigt avide.

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