‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 261 sur 337 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

ULYSSE

Je n'ai pas vu passer un seul clievreau, jeune homme, Ou quel que soit le nom dont il faut qu'on vous nomme ; Car vous n'avez pas l'air d'un mortel comme nous, Mais bien plutôt d'un Dieu qu'on adore à genoux. Ne venez pas à moi dans un dessein funeste ; Secourez-moi ; sauvez ce trésor qui me reste ; Moi-même sauvez-moi ; — mais dites-moi d'abord Où je suis, et quel peuple habite vers ce port.

MINERVE

Il faut que vous veniez d'un lieu bien solitaire,

Ami , pour ignorer le nom de cette terre.

On la connaît pourtant par delà ses voisins :

La campagne y produit des blés et des raisins ;

On y trouve une eau vive et des bois pleins d'ombrages,

Et de nombreux troupeaux paissent ses pâturages ;

— En un mot , c'est Ithaque.

ULYSSE

Ithaque 1

MI.NEKVE.

Un nom connu , Qui Jusqu'aux champs Troyens naguère est parvenu.

ULYSSE, embrassant les rochers.

0 doux pays d'Ithaque ! ô rive désirée !

Se tournant vers Minerve.

Je vais vous expliquer ma joie immodérée. Berger; je ne suis pas d'Iiliaqui^, et je la vois, S'il faut vous dire vrai, pniu- la première fois.

Je suis marchand ; j'habite une lointaine ville, Mais ayant autrefois consulté la Sibylle, Il me fut répondu que j'aurais de grands biens, Et serais le premier chez mes concitoyens, Si je pouvais jamais, dans un de mes voyages. Aborder vers Ithaque et baiser ses rivages.

— Et c'est pourquoi , berger, vous me voyez joyeux.

MINERVE, iouriant.

Prudent fils de Laërte, Ulysse astucieux ! Bien fin qui fe pourrait surpasser en malice ! Le plus adroit des Dieux échoùrait contre Ulysse. Mais nous sommes en ruse également savants, Moi chez les immortels, toi parmi les vivants. Ainsi donc entre nous ménageons notre verve.

— Ne reconnais-tu pas la déesse Minerve Qui, te suivant partout, t'entoure et te défend, Comme une mère tendre entoure son enfant?

Déesse, aucun mortel, aussi fin qu'il puisse être, Quand vous vous déguisez , ne peut vous reconnaître, Car, nous apparaissant sous des aspects divers , Vous trompez aisément les yeux les mieux ouverts. — Je sais bien que toujours vous me fûtes propice ; Mais soyez bonne encor, divine protectrice ! Au nom de Jupiter, roi des dieux immortels. Dites-moi si je suis dans les champs paternels? Ce qu'on désire tant on ose à peine y croire. Ne me ilattcz-vous jtas d'un espoir illusoire? Est-ce vraiment Ithaque?

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