SCÈNE V
Les Mêmes, ANTINOUS, EURYMAQUE, AMPHINOME, ET LES autres prétendants.
Antinuii-, qui poursuivait Eui'v nome, s'arrête sur le seuil, eu apercevant Pénélope.
ANTINOUS, i un héraut.
Héraut, anuonce-nous !
TÉLÉSIAQUE.
Hérauts, faites silence !
Ils s'annoncent assez par leur propre insolence, Et les brutalités de ces liomnios grossiers Ne s'arrêtent pas même à ces chastes foyers.
ANTINOUS
Tu parles hardiment pour un enfant imberbe.
TÉLÉMAQUE
L'enfant, s'il plaît aux Dieux, chàtîra le superbe.
Pénélope se lève, cflVayéu.
ULYSSE, bas ^ Télémaque.
Va; sors.
Tôlémaquo se rctii-c apri-s avoir regardé les prétouilants en face. EURYMAQUE, ,i Antimnis.
Le lionceau montre déjà la dent; N'attendons pas qu'il morde.
ULYSSE, à part.
Oh ! tais-toi, cœur grondant !
Ne rugis pas; lais-toi, comme chez le Cyclope.
Il se retire dans un coin où il reste inaperçu. A M P II I N 0 M E , s'avançant Ters Pénélope.
Salut, fille d'Icare, ô sage Pénélope!
Si tous les princes grecs vous \ oyaient comme nous, Mille autres prétendants se presseraient chez vous, Tellement en beauté vous passez toute femme!
PÉNÉLOPE
Oui , je fus belle avant cju'on n'allât vers Pergarae ; Mais Ulysse partit, et ma beauté décrut; Il faudrait qu'il revînt pour qu'elle reparût.
ANTINOUS
0 reine, qui parlez avec tant d'artifice, Vous savez que jamais vous ne verrez Ulysse ; Mais c'est votre plaisir, depuis tantôt quatre ans, D'inventer chaque jour des détours différents. Vous promettez d'abord, pour éluder ensuite, Et vous croyez par là tromper notre poursuite. C'est ainsi que montrant ce voile commencé, « Attendez, disiez- vous, princes, qu'il soit tissé; « J'achève ce linceul pour le vieux roi Laërte, « Afin que, s'il mourait, sa cendre soit couverte; « Car on me blâmerait de laisser sans linceul « Celui qui fut si riche et qui fut mon aïeul. » Vous le disiez; le jour, vous tissiez votre voile, Et la nuit, aux (lambeaux, vous défaisiez la toile, Et c'est après quatre ans que, de la ruse instruits, Nous vous avons surprise en ce travail des nuits. — Or, la toile est lissée, en déi)it de vous-même,
60 ULYSSE
Et vous cherchez en vain un nouveau stratagème.
Je vous avertis donc, reine, que dès demain
11 faut vous résigner à conclure l'hymen.
Choisissez qui vous plaît ; prenez celui des nôtres
Qui fera des cadeaux plus riches que les autres.
Aussitôt mariée à l'un de nous, celui
Dont vous aurez fait choix vous mènera chez lui ;
Les autres s'en iront; si bien que Télémaque
Pourra jouir en paix de ses biens dans Ithaque.
Mais si vous prétendez nous amuser encor,
Nous resterons ici , dévorant son trésor;
Vous acquerrez par là plus qu'une gloire humaine ;
Mais aussi votre fils y perdra son domaine.
Car, j'en fais le serment, nous n'irons pas chez nous
Que vous n'ayez d'abord fait choix d'un autre époux.
PÉNÉLOPE
Perfide AntinoUs! ô langue envenimée!
Toi , qui d'un homme sage avais la renommée.
Ah ! qu'on te jugeait mal ! Réponds, cruel : pourquoi
Es-tu si méchamment acharné contre moi?
Tu parles de mon fils. Crois-tu donc que j'ignore
Ce que tu méditais et médites encore.
Hier même, barbare, embusqué vers le port.
Ne l'attendais-tu pas pour lui donner la m rt?
Ulysse cependant fut Ihùte de ton père;
De riiospilalité voilà donc le salaire!
Tu pilles sa maison , déshonores ses lits,
Persécutes sa femme et veux tuer son fils 1
AMI' ni NOME.
Non, reine. On n'en veut jtas aux jours de Télémaque ;