‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 327 sur 337 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

PÉNÉLOPE

Je me sens tellement émue à son approche , Mon fils , que je n'ai pas la force de parler. A peine si de loin j'ose le contempler.

LE CHOEUR

0 reine! c'est Ulysse. Approchez-vous du trône.

EURYCLÉE

C'était lui, ce vieillard qui demandait l'auniùne.

PÉNÉLOPE

Et comment se fait-il qu'il fût alors si vieux ,

Et qu'il soit à présent jeune et semblable aux Dieux ?

TÉLÉMAQUE

Il était transformé par Minerve elle-même.

LE CHOEUR

Tout est facile aux Dieux; leur [)uissancc est suprême.

PÉNÉLOPE

Si c'est Ulysse, il peut dissiper mes soupçons; Qu'il dise un des secrets que nous seuls connaissons.

ULYSSE, souriant.

Le temps triomphera ûo ce cœur si farouche.

A EurycU'e.

Nourrice, je suis las ; fais préitarer ma couche.

PÉNÉLOPE, regardant fixement Ulysse.

Prépare ce beau lit, couvert d'un dais royal , Que l'on a transporté hors du toit nuptial.

98 ULYSSE

0 reine! vous tenez un propos qui m'afflige,

Qui donc a transporté ce lit? par quel prodige?

C'est chose difficile; en voici la raison :

Un énorme olivier ombrageait, ma maison ;

Je le coupai moi-même, à trois pieds de la terre;

J'en façonnai le tronc à l'aide de 1 equerre;

J'en fis le pied d'un lit , qu'on n'en peut détacher ,

Et construisis autour notre chambre à coucher;

Si bien qu'il eût fallu, pour transporter ma couche,

Déraciner d'abord et déplacer la souche.

PENELOPE , courant à Llysse, et lui jetant li's bras autour du cou.

Ah ! c'est lui 1 c'est Ulysse, Ulysse que je voi !

C'est toi; car notre lit n'est connu que de toi.

Te voilà! — Ce bonheur n'a pas été le nôtre ,

De passer nos beaux ans, l'un toujours près de l'autre ;

Mais je te vois enfin , Ulysse! cher époux!

Nous vieillirons ensemble , et c'est encor bien doux,

ULYSSE , la tenant embrassi^e.

Soyez bénis , ô Dieux ! qui me rapprochez d'elle , Et qui me la rendez si sage et si fidèle !

PÉNÉLOPE

Ne sois pas irrité contre moi ; j'avais pour

De me laisser surprendre aux ruses d'un trompeur.

M'irriter, cher épouse! oh ! non pas! Tout ;i Theure J'avais |)eine à cacher ma joie iiitérieun>; J'admirais ta prudence, et nie taisais exprès

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