ACTE III
LA SIBYLLE
Je suis la sibylle de Ciimes.
Tout le destin do Rome est dans ces trois volumes ; Apollon phrygien m'en a dicté les vers Sur des bords reculés que baignent d'autres mers.
— Tu veux savoir i)Ourquoi je porte un voile sombre ? Parce que l'avenir se dérobe dans l'ombre.
— Pourquoi ces vers ? Je viens t'en offrir le dépôt.
— Pourquoi ma lampe , enfin ? Tu le sauras tantôt.
— Lis.
Elle pr(;scnte un volume à Scxtus, et pose sa lampe sur le tr^'pieil de bronze à droite.
SEXTUS , lisant.
« Rome , en l'an romain deux cent quarante-quatre, « Et combattra sans vaincre, et vaincra sans combattre. »
— Ton oracle , sibylle , a dit vrai sur un point ; Nous combattons Ardée , et ne triomphons point. Mais quel est l'ennemi sur lequel , à t'en croire , Rome doit conquérir une facile gloire ?
Qui donc sera vaincu sans combat?
LA SIBYLLE
Lis encor.
Et prends mes trois cahiers pour trois cents pièces d'or.
SEXTUS
Trois cents pièces ! J'aurais trois palais pour la sonmie !
LA SIBYLLE
Que sont tes trois iialais , quiiiul il s'agit de Rome?
— Veu\-tu?
SEXTIS.
Non.
La sihyllc yirnnci un des denx Tolumcs qu'elle a garilés , et le fait brûler a\i feu de sa lampe.
Que fais-lu ?
LA SIBYLLE
Tu doniandais pourquoi Cette lampe brûlait; c'était pour cet emploi.
— Apollon , dieu puissant , qui te plais au mont Cynlhe , Qui règnes sur Cilla la divine , et sur Sminthc ,
Dieu , qui protèges Chr\ se et l'ilo de Claros ,
Pour qui fume en cent lieux la graisse des taureaux ,
Tu m'inspiras aux bords que le Pactole arrose ,
Car tu lis l'avenir et connais toute chose ,
Et tu peux honorer de ce savoir di\ in
Le mortel préféré dont tu fais un devin.
De mes vers aujourd'hui reçois le sacrifice !
Considère leur cendre avec un œil propice !
Au feu je les dévoue en ton honneur, ô Dieu !
0 Phœbus Apollon ! Soleil ! source du feu !
— C'en est fait. Maintenant , Sextus , tu peux poursuivre. Insensé le mortel que son orgueil enivre ,
Qui préfère un peu d'or aux pages du destin , Qui dans la nuit (\c<. temps pose un pied incertain , Et, quand un doigt sacré lui montre la lumière, Pour en fuir la clarté , se rejette on arrière I
— Lis , te dis-je.