‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 85 sur 337 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Que j'aie ou non commis le péché qu'on suppose. J'ai péché, je le veux : entre l'Église et moi C'est un débat privé , qui n'atteint pas le roi. Qu'on juge le chrétien , et qu'on l'excommunie ; La peine se mesure à la faute punie.

— Mais sur tous mes sujets étendre l'interdit ! Tourner leur désespoir contre mon nom maudit ! Par ce sombre calcul d'une vengeance oblique Me contraindre à fléchir sous la haine publique ! C'est attenter au roi ; c'est l'usurpation ;

C'est un inmiense appel à l'insurrection. Voilà l'enseignement dont le pape est l'apôtre ; Si ce n'est là son but, qu'on me dise quel autre !

— N'a-t-il rien prétendu ([ue punir un méfait ? Moi seul , j'avais failli. Mon peuple , qu'a-t~il fait? Pour(iuoi le châtier ? Depuis quand la justice Veut-elle que ce soit l'innocent qui pâtisse ?

— Mais non : sa politique a compté froidement Combien il faut de pleurs pour un soulèvement. Si je cède une fois , le mal est sans remède ; En toute occasion , il faudra que je cède ;

Par un premiei- succès le Saint-Père alléché Dans tout ce qu'on fera saura voir un péché , Et de l'appel au peuple , une fois efficace , Agitant devant moi l'éternel menace , Sur la rébellion dressant son attentat , Décidera bientôt des affaires d'État.

Et comme , chez lui-même , il est si petit prince Qu'il ne peut repousser l'assaillant le plus mince , Comme il est obligé do prenilre son a|>pui Ou cIkv. l'un ou chez Taulie , et toujours hors de lui ,

138 AGNES DE MERANIE.

Selon qu'il entrera dans telle ou telle ligue , Il nous infligerait sa misérable intrigue , Et nous serions tantôt Anglais , tantôt Germains , Pour le plus grand profit des pontifes romains 1

— Restons Français. Je dois , de même fierté d'Ame , Roi . garder mon royaiime , et chevalier, ma dame.

— Oh ! je n'ai pas été si jaloux de mes droits , Pour en offrir l'hommage au pape Innocent-Trois ; Et je n'ai pas paru de mes fleurons avare ,

Pour que sur ma couronne on mette une tiaie ! S'il fallait la briser, ou subir cet affront , Je me l'arracherais , moi-même , de mon frijiil ; Et je serais plus roi , tombant ainsi du trône , Que trônant pour le pape , et roi par son aumôn(\

— Me comprends-tu ?

GUILLAUME

Seigneur, j'ai donné mes avis ; J'ai rempli mon devoir; qu'ils soient ou non suivis , Comptez , quand le moment viendra que je vous serve , Que je vous servirai , sans retard ni rései-ve ; Car c'est, comme j'ai dit, la vertu du vassal , D'être franc de parole, et d'action loyal.

l'H ILI IM'K.

Allons, il me suflit. Un (rouxe d'habitude Le noble dévoùment sous la liaMcIiist» lude. — La Reine?

(i l I LL Al M K.

l^lle est ici. Seigneur, iM vous allend.

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