ACTE III
Enfin , je voudrais bien qu'il ne m'atteignît pas , Mais qu'espérant ni'atteindre , il tentât quelques pas.
GUILLAUME
Et s'il vous joint , comment soutiendrez-vous sa plainte ? Son premier mot vaincra votre fermeté feinte ; Et si vous faiblissez , ne fût-ce qu'un moment , Vous perdez tout le fruit de votre dévoùment.
Hélas !
GUILLAUME
Ne faites pas un demi-sacrifice.
C'est peu de fuir le Roi ; qu'un billet l'avertisse Que vous allez chercher la paix dans vos États , Que c'est votre désir qu'il ne vous suive pas , Et que , dans l'intérêt et de l'un et de l'autre , En lui rendant sa foi , vous reprenez la vôtre.
Ah 1 quelle sécheresse ! — et n'est-il pas permis De lui faire comprendre au moins que j'en gémis? Ne puis-je , en le fuyant , lui dire que je l'aime ?
GUILLAUME
Choisissez de rester, ou d'un adieu suprême.
AGNÎiS.
Hélas ! mon Dieu ! jamais ma main ne l'écrira !
— C'est dans mon intérêt! — Est-ce qu'il le croira!
Est-ce (}ue c'est croyable une excuse si noire !
— Et, songez donc Guillaume, et s'il allait y croire ! Je ne le pourrai pas détromper aussitôt ;
J'aurai l'air de le fuir, quand tout lui fait défaut , Quand il aurait besoin d'une douce parole ;
— J'aurais bien su trouver cette voix qui console. Et d'ailleurs , n'est-il pas toujours temps de partir ? Souvent , quand c'est fini , survient le repentir. On s'exalte d'abord ; on court au sacrifice ;
On s'acharne soi-même à son propre supplice ;
On a comme un plaisir d'irriter la douleur ;
L'orgueil du dévoùment savoure le malheur ;
Mais toute cette fièvre est bientôt dissipée ,
Et c'est alors qu'on sent jusqu'où l'on est frappée :
L'enthousiasme éteint fait place au long remords ;
On legrotte, on s'accuse , — et c'est trop taid alors.
Prenez-y garde , vous , par qui je suis conduite 1
Ah ! pourquoi m'avez-vous conseillé cette fuite ?
Je n'aurais pas songé peut-être à ce moyen ,
Et j'aurais pu rester sans me reprocher rien.
— Je le lis dans vos yeux : c'est mal. Oui. Je m'en blâme.
Pourtant, que voulez-vous? je ne suis qu'une femme.
Si j'attendais un peu ! Que sait-on? — On a vu
Dans les derniers périls un retour imprévu.
GUILLAUME
Et le moine , Madame !
AG.NÈS.
Oh ! ce moine sinistre !
GUILLAUME
Do quelque arrêt fatal ce moine est le ministre.
Entre Philippe,
C'est vrai! Partons! partons! — Guillaume, laissez-nous!
GUILLAUME
Craignez que vos sanglots n'éclatent malgré vous.
AGNÈS
Je saurai me contraindre. Il faut que je le voie ! Je suis bien résolue à m'en donner la joie. Sinon , je ne pars pas. — En cette extrémité ,
Guillaume sort
Je veux le contempler pour une éternité.