‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 105 sur 138 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PIRRO, et, nn instant après, ANGELO

pieeo. C'est à dire pour aucun de ceux qui ne se présenteront que par curiosité. Depuis une heure, que de questions n'ai-je pas subies? Qui vient là?

angelo (à demi entré sur la scène, vêtu d'un manteau court qui lui enveloppe le visage, le chapeau enfoncé sur les yeux). Pirro ! Pirro !

pieeo. Une connaissance? {Angelo s'avance et ouvre son manteau.) Ciel! Angelo?... Toi?

axgelo. Comme tu vois... J'ai assez longtemps rôdé autour de la maison pour te parler. Un mot.

pieeo. Tu oses encore te montrer au grand jour? Depuis ton dernier assassinat, tu es mis hors la loi et ta tête est à prix.

axgelo. Est-ce que tu voudrais gagner la prime?

pieeo. Que me veux-tu? Je t'en prie, ne me fais pas arriver malheur.

EMILIÀ GAJLOTTI -273

angelo. Avec ceci peut-être V (77 lui tend une bourse pleine d'argent.) Prends. Cela t'appartient.

pieeo. A moi?

angelo. As-tu oublié? L'Allemand, ton précédent maître...

pieeo. Silence, là-dessus!

angelo. Que, sur le chemin de Pise, tu as conduit dans notre embuscade...

pieeo. Si quelqu'un nous entendait!

angelo. Il a eu la bonté de nous léguer une bague de prix. . . Ne le sais-tu pas?. .. Elle était de trop grande valeur, pour que nous pussions sur- le-champ en faire de l'argent. Enfin, j'ai réussi à la vendre. J'en ai reçu cent pistoles, et voici ta part. Prends !

pieeo. Je n'en veux rien prendre... Garde le tout.

angelo. Soit ! S'il t'est égal d'estimer ta tête à si bas prix. {Il feint de remettre la iourse en poche.)

pieeo. Eh bien, donne. (Il la prend.) Et qu'est-ce maintenant? Car ce ne doit pas être pour cela seulement que tu es venu me trouver. . .

angelo. Et pourquoi cela ne te semble-t-il pas croyable? Coquin! Quelle opinion as-tu de nous? Nous croirais-tu capable de retenir à quelqu'un sa part de bénéfice ? Ce peut être de mode entre ceux qu'on nomme les honnêtes gens; entre nous, non pas... Adieu!... (Il feint de s'en aller et revient.) J'ai encore quelque chose à te demander. Le vieux Galotti vient d'arriver seul à cheval en ville ? Que veut-il ?

pieeo. Rien, que faire une promenade à cheval. Sa fille se marie ce soir, sur ses terres d'où il arrive, au comte Appiani. Et lui ne peut attendre le moment...

angelo. Et il repart bientôt?

pieeo. Si tôt qu'il te trouvera ici, si tu attends plus longtemps. Mais tu n'as sans doute aucun dessein sur lui ? Fais-y attention, c'est un homme. . .

angelo. Est-ce que je ne le connais pas? Est-ce que je irai pas servi sous ses ordres?... Il faudrait qu'il y eut beaucoup à gagner ! Quand les jeunes gens se mettent-ils en route?

pieeo. Vers midi.

angelo. Avec une nombreuse -suite?

pieeo. Dans un seul carrosse, la mère, la fille et le comté. Deux amis de Sabionetta servent de témoins.

angelo. Et quels domestiques?

pieeo. Deux seulement, et moi qui dois précéder à cheval la voiture.

angelo. C'est bien... Encore un mot : à qui l'équipage, à vous ou au comte?

pieeo. Au comte.

angelo. Tant pis ! Car, il y a aussi un postillon, sans compter un cocher très vigoureux.

pieeo. Tu m'étonnes; que veux-tu donc? Le peu de bijoux que la fiancée pourrait avoir, sera un faible prix pour la peine.

angelo. Et si c'était votre fiancée elle-même qui fût le prix !

pieeo. Dois-je encore, dans ce crime, être ton complice?

angelo. Tu chevaucheras en avant... Chevauche donc, chevauche, et ne te retourne à rien. Tïêeo. Impossible!

angelo. Comment? Je commence à croire que tu veux jouer l'homme consciencieux... Coquin! je pense que tu me connais... Si tu parlais; si une seule chose était autrement que ta ne me l'as déclaré...

pieeo. Mais, Angelo, parle ciel!

angelo. Fais ce que tu ne peux refuser de faire. {Il sort.)

pieeo. Ha! quand on laisse le diable vous saisir par un cheveu, on est à lui pour toujours. Pauvre moi!

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