‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 117 sur 138 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MARINELLI, et bientôt son domestiqua BATTISTA, EMILIA

maeinelli. Pourvu qu'elle ne l'ait pas vu tomber... Cela ne doit pas être ; elle s'est par trop hâtée de fuir... La voici. Moi non plus, je ne veux pas être le premier objet qui frappe ses regards. (Il se retire dans un angle de la salle.)

battista. Entrez ici, mademoiselle.

EMiLiA (hors d'haleine). Ah!... ah!... je vous remercie, mon ami, je vous remercie... Mais, Dieu! Dieu! Où suis-je toute seule? Où est restée ma mère? Où est resté le comte? Me suivent-ils donc? Viennent-ils sur mes pas?

battista. Je le présume.

EMiLiA. Vous le présumez? Vous n'en savez rien? Vous ne les avez pas vus?... N'a-t-onpas fait feu derrière nous ?

battista. Fait feu ?. . . C'est possible ! . . .

EMiLiA. C'est certain. Et le coup a atteint le comte ou ma mère.

battista. Je cours à l'instant les chercher.

EMiLiA. Pas sans moi. Je veux, je dois vous accompagner. Venez, mon ami.

marinelli (s 'avançant tout à coup, comme s'il entrait à V instant même). k\i\ mademoiselle ! Quel malheur, ou

plutôt quel bonheur; quel malheur heureux que celui qui nous procure l'honneur. . .

emilia (avec surprise). Comment, vous ici, monsieur? Je suis donc chez vous? Pardonnez-moi, monsieur le chambellan; nous avons été attaqués, non loin d'ici, par des brigands. De braves gens sont venus à notre secours;... et cet homme m'a enlevée du carrosse et amenée ici. Mais je tremble de me voir sauvée seule. Ma mère est encore en péril. On a tiré derrière nous. Elle est peut-être morte... et je vis?... Pardonnez-moi : il faut que je sorte, il faut que je retourne où j'aurais dû rester tout à l'heure .

marinelli. Calmez-vous, mademoiselle. Tout va bien : elles seront bientôt auprès de vous, les personnes aimées pour lesquelles vous montrez une si tendre anxiété... Pendant ce temps, va, Battista : elles^ peuvent la chercher dans quelqu'un des restaurants du parc. Amène-les ici sans délai. {Battista sort.)

emilia. Est-il sûr qu'ils soient tous sauvés? Ne leur est-il rien arrivé?... Ah! quel jour de terreur pour moi! Mais je ne devrais pas rester ici, je devrais voler à leur rencontre...

maeixelli. Pourquoi cela, mademoiselle? Vous êtes déjà sans souffle et sans force. Remettez-vous, et daignez entrer dans une chambre où vous serez plus commodément... Je gagerais que le prince en personne est auprès de votre chère et respectable mère, et vous l'amène.

emilia. Qui, dites-vous?

marixelli. Notre très gracieux prince en personne.

emilia (étonnée au possible). Le prince?

marixelli. A la première nouvelle, il a volé à votre secours. Il est entré dans la plus grande fureur qu'on ait osé tenter un tel crime, si près de lui, presque sous ses yeux. Il fait poursuivre les coupables, et leur châtiment, si on les saisit, sera exemplaire.

emlllv. Où suis-je donc?

marlkelli. A Dosalo, dans le château de plaisance du prince.

emilia. Quel hasard! Et vous pensez qu'il pourrait paraître lui-même?

MARINELLI. Le VOÎci.

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