‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 56 sur 138 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

MELLEFONT, NORTON

noeton. Dieu, la pauvre miss!

mellefont. Quelles sensations veux-tu, par cette exclamation, éveiller en moi? Regarde, voilà la première larme qui ait coulé sur ma joue depuis mon enfance... C'est une mauvaise préparation à recevoir une affligée qui cherche à être consolée. Pourquoi aussi est-ce auprès de moi qu'elle cherche des consolations? Mais où en chercherait-elle ailleurs?... Il faut me calmer... (Il s'essuie les yeux.) Où est cette fermeté, avec laquelle je pouvais voir pleurer ? Où s'en est allé ce don de dissimulation, qui me faisait dire et paraître ce que je voulais? Eh bien, elle va venir et je ne saurai point arrêter ses larmes ; et tout troublé, je rougirai devant elle ; et je resterai en sa présence comme un coupable condamné. Conseille-moi donc ce qu'il faut faire, ce qu'il faut dire.

noeton. Il faut acquiescer à ses désirs.

mellefont. Ce serait une nouvelle cruauté à son endroit. C'est à tort qu'elle se flatte de la célébration d'une cérémonie qui, à cette heure, ne se peut célébrer dans le royaume, sans entraîner notre ruine complète.

noeton. Alors, faites en sorte de le quitter. Pourquoi tardons-nous? Pourquoi les jours, pourquoi les semaines se succèdent-elles? Croyez-moi. Dès demain embarquez-vous. Peut-être votre chagrin ne vous suivra-t-il pas tout entier au delà de la mer ; peut-être le sien diminuera-t-il ; peut-être dans un autre pays...

mellefont. Tout cela, je l'espère moi-même... Silence, la voici. Comme le cœur me bat!...

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