‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 7 sur 138 · LE LIBERTIN · texte numérisé non relu

LE LIBERTIN

Le Libertin, c'est à dire V Esprit -fort, pour nous servir de l'expression moderne, est une pièce à portée philosophique. Mais, sauf des tirades de métaphysique allemande qu'on pourrait bien retrancher sans nuire à l'ensemble, cette comédie est assez mouvementée. Adraste, le libertin, et Théophane, l'homme pieux, font bien en contraste ; ce sont des types saisis sur le vif. Théophane est peut-être un peu douceâtre, si l'on considère surtout cette passion contrariée qui fait d' Adraste un fagot d'épines. Les deux jeunes filles sont charmantes, chacune dans son genre, et Lessing a eu bien raison d'enter les amours d' Adraste et de Juliane, de Théophane et de Henriette, sur la différence des caractères. Cela est vrai chaque jour dans la vie : cela est donc éminemment vrai sur la scène. La soubrette est assez amusante dans les querelles des jeunes filles : et ici, comme dans plusieurs autres comédies, entre autres dans le Misogyne, c'est elle qui a le don de double vue et qui, perçant à jour la situation, fait pressentir le dénoûment. La scène entre le Jean d'Adraste et le Martin de Théophane est un peu bouffonne, mais

elle est très spirituelle. Enfin le Lihertin est trop long, mais l'intérêt y est assez bien et assez progressivement ménagé pour qu'on ait plaisir à le lire, et qu'on ne s'aperçoive que très peu de la longueur de la pièce. Nous ne parlons pas de l'esprit qui s'y trouve à profusion : ce serait nous répéter. Le style en est d'une grande beauté, quoiqu'on y reconnaisse par instants les phrases emphatiques de l'époque.

PHILOTAS (1759)

Philotas est une jolie petite tragédie, une sorte de tragédie au coin du feu, travaillée à loisir, faite pour la lecture. Aridée est en guerre avec un roi voisin. Dans la bataille, Philotas, le fils de ce roi, est tombé aux mains d'Aridce. Il a été enlevé par un gros de cavaliers, sans avoir eu le temps de se défendre. Ne pouvant supporter la honte d'être fait prisonnier, ne voulant pas que son père, pour le racheter, compromette les intérêts de ses États, ce jeune héros profite de la bienveillance d'Aridée qui lui a fait rendre une épée en échange de la sienne, et se frappe du glaive, aussitôt qu'il l'a pu saisir. Œuvre de la jeunesse du poète, on y sent courir un souffle qu'on ne retrouve pas dans les situations même les plus pathétiques de Nathan le Sage.

Philotas mort, la tragédie se termine par un de ces mots énergiques et vrais que Lessing s'entendait si bien à buriner d'un seul trait :

« Croyez-vous donc, vous autres hommes, qu'on ne se lasse point de régner ! » Les puissants de ce monde le savent, et ils ont tous leurs heures de découragement

L'ŒUVRE DRAiMATlQUE DE LESSiiNG

et de lassitude du trône, où ils portent envie au meunier sans-souci.

Nous n'avons voulu donner qu'une esquisse critique du théâtre de Lessing ; mais nous en avons dit assez pour faire connaître le caractère général de l'œuvre, et pour en mettre en lumière toutes les facettes, si variées de couleur et d'éclat. Dans Lessing on trouve tous les genres : le poème dramatique, la tragédie, le drame, la comédie de caractère et la comédie d'intrigue. Et partout, on rencontre des beautés de premier ordre, et partout, une profonde science de l'homme.

Nous avions raison de le dire en tête de cette étude, Lessing est le Molière de l'Allemagne. Nous ajouterons en terminant, que Lessing comme Molière, attend un un successeur.

Félix SALLES.

PERSONNAGES

Le sultan SALADIN.

SITTAH, sa sœur.

NATHAN, riche juif de Jérusalem.

RÉCHA, sa fille supposée.

DAYA. chrétienne, mais attachée à la maison du

juif, comme compagne de Récha.

Un jeune Templier.

Un Deeviche.

Le Patriarche de Jérusalem.

Un Religieux.

Un Émir et plusieurs Mamelouks de Saladin.

(La scène est à Jérusalem.)

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