SCÈNE II Les précédents, CLITANDRE
clitandee. Ton serviteur, messire Lélio ! Comment vas-tu? La motion d'hier t'a-t-elle plu? As-tu bien dormi? Iras-tu encore aujourd'hui en soirée ? N'es-tu pas encore ailé aujourd'hui au café? Comment y trou-
ves-tu le vin ? Valère ne s'est-il pas choisi une jolie brunette?
lélio. Voilà une kyrielle de demandes , et tu ne m'as pas encore donné le temps de te rendre ton bonjour.
clitandee. Diable, je tous retrouve encore tous deux en tête à tête? Lélio ! Lisette ! Cela ne donnera rien de bon. Mais qu'est-ce que tu as, Lélio? Tu me parais tout, tout je ne sais comment. Tu as besoin de te ragaillardir. Viens avec moi. Àh ! j'y songe : sais-tu qui c'était que la personne que nous avons rencontrée hier au jardin? Ne t'a-t-elle pas plu? Veux-tu y venir de nouveau? Peut-être la trouverons-nous.
lélio. Voudrais-tu me dire, à quelle question tu désires que je réponde d'abord? Ou plutôt ne dois-je répondre à aucune ?
Lisette. Oh! monsieur, nous n'avons pas du tout le temps en ce moment d'écouter vos sornettes.
clitandee. Vraiment? Ve pourrais-tu me dire cette vérité un peu plus poliment? Vos affaires sont-elles très urgentes? N'as-tu rien de nouveau à me conter, Lélio?
lélio. Ah! si. Et de vrai quelque chose de nouveau, qui me touche de très près.
clitandee. Vraiment? Mais sais-tu déjà que notre amie Clarice est fiancée? Ce fut hier arrangé.
lélio. Veux-tu entendre ma nouveauté?
clitandee. Raconte, raconte : j'apprends avec énormément de plaisir quelque chose de neuf. Hier donc...
lélio. Tu commences déjà à reparler d'autre chose. Je ne puis donc pas, avec toi, placer ces quatre mots : Ma cousine se marie.
clitandee. Ha ! ha ! ha !
lélio. Si tu étais à ma place, tu ne rirais certainement pas.
clitandee. Ha! ha! ha! Tu te plains que je parle tant ; et dernièrement j'étais dans une réunion où on m'imputait à tort de ne pas parler assez. Ha! ha! ha! Quand on ne parle, ni trop, ni trop peu. C'est risible.
Ha! ha! ha! Mais tu voulais me dire quelque chose de nouveau; qu'était-ce donc?
lisette. Si vous n'étiez pas tarit occupé de vousmême, vous l'auriez appris depuis très longtemps : sa cousine va se marier.
clitandee. Est-ce déjà certain? Lélio, tu me feras inviter à la noce? A-t-elle déjà acheté le vin? Est-il bon?
lélio. Si tu voulais agir pour moi en ami, tu ferais mieux de me donner un conseil, pour faire rompre ce mariage.
clitandee. Comment cela?
lélio. Certes , il emporte mon héritage à tous les diables.
clitandee. Oh ! le remède est facile : fais-toi donner d'avance l'héritage. Ta cousine pourra ensuite faire ce qu'elle voudra.
lisette. Monsieur Lélio, ce ne serait pas bête. C'est vrai que c'est là le meilleur remède : et nous n'y avons point pensé. Oh ! vive une intelligence prompte !
clitandee. 0 mon enfant, tu n'es pas la première qui me dise que j'ai du bonheur pour les conseils.
lisette. Certainement, votre conseil n'a qu'un défaut, c'est d'être absurde.
clitandee. Ah! je devrais au moins penser qu'il contient l'étoffe d'un meilleur. Mais où est ta cousine ? Il faut que je lui fasse mes félicitations sur son bon choix. Qui va-t-elle prendre?
lisette. Vous pouvez le lui demander à elle-même. J'entends venir. C'est elle sans doute. Venez, monsieur Lélio ; Péter pourrait avoir besoin de notre assistance.
lélio. Si tu veux parler à ma cousine, fais-moi le plaisir de la bien rouler.
clitandee. Je l'aurais fait sans ton avertissement. Je suis maître en mordantes et fines satires. Et, si tu veux, je lui ferai rendre l'âme, de colère.
lélio. Tant mieux.