SCÈNE IV ADRASTE, JEAN
jean. Eh bien, avez-vous trouvé Araspe?
adraste. {Encore avec amertume.) Oui.
jean. Cela va bien ?
adraste. A ravir.
jean. Moi aussi, je lui aurais voulu conseiller de ne pas faire la moindre difficulté!... Et il a déjà pris congé ?
adraste. Attends seulement : il nous aura bientôt donné le nôtre.
jean. Le nôtre?... Où est Araspe?
adraste. Chez Lisidor.
jean. Araspe chez Lisidor?
adeaste. Oui, le cousin de Théophane.
jean. Est-ce que je vous parle du cousin de cet imbécile? Je veux dire Araspe...
adeaste. Et moi aussi.
jean. Mais...
adeaste. Mais ne vois-tu donc pas que tu finiras par me rendre furieux? A quoi bon m'importuner encore? Tu entends bien que Théophane et Araspe sont cousins.
jean. Je l'entends pour la première fois de ma vie... Cousins? Eh! tant mieux! notre lettre de change restera donc à l'amiable, et monsieur votre futur beaufrère en aura déjà parlé à monsieur son vieux cousin...
adeaste. Imbécile!... Oui, il aura déjà parlé de faire mon malheur, sans merci... Es-tu donc ass.^z simple pour regarder comme un hasard la présence ici d1 Araspe? Ne comprends-tu pas que Théophane a dû savoir où j'en étais avec son cousin; qu'il lui aura donné la nouvelle de ma situation ; qu'il lui en aura dit jusque par dessus la tête afin de l'engager à faire un lointain voyage, pour ne pas manquer l'occasion de causer, à heure dite, ma ruine, et d'anéantir ainsi ma dernière ressource, les bonnes grâces de Lisidor?
jean. Damnation! Comme mes yeux s'ouvrent ! Vous avez raison. Suis-je âne bâté de n'avoir pas compris que les paroles d'un prêtraillon ne pouvaient renfermer que la plus grande méchanceté?... Ah! Quand pourrai-je donc d'un seul coup mettre en lambeaux toutes les robes noires et les disperser aux quatre vents ! L'un nous a dupé de bien des milliers d'écus, c'était le vénérable époux de votre sœur. L'autre...
adeaste. Oh! ne commence pas le récit de mes désastres. Ils seront bientôt finis. Et puis alors nous attendrons ce que la chance pourra encore me prendre, quand je n'aurai plus rien.
jean. Ce qu'elle pourra encore vous prendre quand vous n'aurez plus rien? Je vais vous le dire tout de suite. C'est moi qu'alors elle vous prendra,
adraste. Je te comprends, maroufle jean. Ne prodiguez pas votre colère contre moi. Voici contre qui vous pourrez mieux la tourner.