SCÈNE VI
LISIDOR, THÉOPHANE, ADRASTE
lisidor. Vous m'avez tout d'un coup jeté dans une cruelle perplexité. Mais patience, je vais remettre les choses dans leur voie. Je serais bien logé, s'il me fallait chercher une autre paire de gendres ! Vous m'alliez
si bien, et je n'en retrouverai plus une paire qui vous vaille, quand je les ferais faire exprès.
adeaste. Vous, chercher d'autres gendres?... De quel malheur nous menacez-vous ?
lisidoe. Vous ne voulez certes cependant pas épouser les fillettes, sans les aimer? Là-dessus je serais votre serviteur.
théophane. Sans les aimer?
adeaste. Qui dit cela?
lisidoe. Qu'avez-vous dit d'autre ?
adeaste. J'adore Juliane.
lisidoe. Juliane?
théophane. J'aime Henriette plus que moi-même.
lisidoe. Henriette?... Ouf! me revoilà soulagé tout d'un coup. — Est-ce donc là le joint? Alors, tout bonnement, l'un a aimé la future de l'autre? Alors toute l'affaire se peut réparer par un échange?
théophaxe. Quelle bonté, Lisidor !
adeaste. Vous nous permettez donc?..
lisidoe. Qu'y faire? J'aime encore mieux dans tous les cas l'échange avant qu'après la noce. Si cela va à mes filles, cela me va aussi.
adeaste . Xous nous flattons que cela leur ira. . . Mais l'amitié que vous me témoignez m'oblige à vous faire encore un aveu.
lisidoe. Encore un?...
adeaste. Je n'agirais pas honorablement si je vous cachais ma situation.
lisldoe. Quelle situation?
adeaste. Ma fortune est si ébréchée que, lorsque j'aurai payé toutes mes dettes, il ne me restera rien.
lisldoe. Oh! silence là-dessus. Me suis-je jamais enquis de ta fortune ? Je sais très bien que tu as été un panier percé, et que tu as tout dissipé ; mais c'est pour cela justement que je te donne une de mes filles, afin que tu retrouves ainsi quelque fortune. — Mais, silence ! les voici ; laissez-moi faire .
LE LIBERTIN m