‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 119 sur 189 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

Thibaut.

Aile est malade d'hypocrisie, Monsieu.

Sganarelle.

D'hypocrisie?

Thibaut.

Oûy, c'est-à-dire qu'aile est enflée par tout, et l'an dit que c'est quantité de seriositez qu'aile a dans le corps, et que son foye, son ventre, ou sa ratte, comme vous voudrais l'appeller, au glieu de faire du sang, ne fait plus que de l'iau. Aile a, de deux jours l'un, la fièvre quotiguenne, avec des lassitules et des douleurs dans les mufles des jambes. On entend dans sa gorge des fleumes qui sont tout prests à l'étoufer, et par fois il ly prend des sincoles et des conversions que je crayons qu'aile est passée. J'avons dans notte village un apothiquaire, reverance parler, qui ly a donné je ne sçay combien d'histoires; et il m'en couste plus d'eune douzaine de bons escus en lavemens, ne v's en déplaise, en apostumes qu'on ly a fait prendre, en infections de jacinthe, et en portions cordales. Mais tout ça, comme dit l'autre, n'a esté que de l'onguent miton-mitaine. Il veloit ly bailler d'eune certaine drogue qu'on appelle du vin ametile; mais j'ay-z-eu peur franchement que ça l'envoyist à patres, et l'an dit que ces gros médecins tûont je ne sçay combien de monde avec cette invention-là.

Sganarelle , tendant toujours la main et la branlant

comme pour signe qu'il demande de Vargent.

Venons au fait, mon amy, venons au fait.

Thibaut.

Le fait est, Monsieu , que je venons vous prier de nous dire ce qu'il faut que je fassions. Sganarelle.

Je ne vous entens point du tout.

Perrin.

Monsieu, ma mère est malade, et vêla deux escus que je vous apportons pour nous bailler queuque remède.

Sganarelle.

Ah! je vous entens, vous. Voila un garçon qui parle clairement, et qui s'explicque comme il faut. Vous dites que vostre mère est malade d'hydropisie, qu'elle est enflée par tout le corps, qu'elle a la fièvre, avec des douleurs dans les jambes, et qu'il luy prend par fois des sincopes et des convulsions^ c'est-à-dire des evanouïssemens' Perrin.

Hé! oùy, Monsieu, c'est justement ça.

Sganarelle.

J'ay compris d'abord vos parolles. Vous avez un père qui ne sçait ce qu'il dit. Maintenant vous me demandez un remède?

Perrin.

Oùy, Monsieu.

Sganarelle.

Un remède pour la guérir?

Perrin. C'est comme je l'entendons.

Tenez, voila un morceau de formage qu'il faut que vous luy fassiez prendre.

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