‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 121 sur 189 · JACQUELINE, SGANARELLE, LUCAS · texte numérisé non relu

JACQUELINE, SGANARELLE, LUCAS

Sganarelle.

Voicy la belle nourrice. Ah! nourrice de mon cœur, je suis ravy de cette rencontre, et vostre veuë est la rhubarbe, la casse et le séné qui purgent toute la melancholie de mon ame.

Jacqueline.

Par ma figue! Monsieur le médecin, ça est trop bian dit pour moy, et je n'entens rian à tout votte latin.

Sganarelle.

Devenez malade, nourrice, je vous prie, de-

venez malade pour l'amour de moy. J'aurois toutes les joies du monde de vous guérir.

Jacqueline.

Je sis votte sarvante, j'ayme bian mieux qu'an ne me garisse pas.

Sganarelle.

Que je vous plains, belle nourrice, d'avoir un mary jalons et fascheux comme celuy que vous avez!

Jacqueline.

Que velez-vous, Monsieu? C'est pour la pénitence de mes fautes; et là où la chèvre est liée, il faut bian qu'aile y broute.

Sganarelle.

Comment ! un rustre comme cela ! un homme qui vous observe toujours, et ne veut pas que personne vous parle !

Jacqueline.

Helas! vous n'avez rian veu encore, et ce n'est qu'un petit échantillon de sa mauvaise humeur. Sganarelle.

Est-il possible? et qu'un homme ait l'ame assez basse pour maltraitter une personne comme vous ? Ah! que j'en sçais, belle nourrice, et qui ne sont pas loin d'icy, qui se tiendroient heureux de baiser seulement les petits bouts de vos petons ! Pourquoy faut-il qu'une personne si bien faite soit tombée en de telles mains, et qu'un franc animal, un brutal, un stupide, un sot... Pardonnez-moy, nourrice, si je parle ainsi de vostre mary.

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