‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 143 sur 189 · ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V

Il s'agit d'autre chose icy que de moineaux. Ces deux nymphes, Myrtil, à la fois te prétendent, Et, tout jeune déjà, pour époux te demandent Je dois par un hymen t'engager à leurs vœux, Et c'est toy que l'on veut qui choisisses des deux.

Myrtil.

Ces nymphes...

Oûy, des deux tu peux en choisir une. Voy quel est ton bonheur, et bénis la fortune.

Myrtil.

Ce choix qui m'est offert peut-il m'estre un bonheur S'il n'est aucunement souhaité de mon cœur?

Lycarsis.

Enfin, qu'on le reçoive, et que, sans se confondre, A l'honneur qu'elles font on songe à bien répondre.

Eroxene.

Malgré cette fierté qui règne parmy nous, Deux nymphes, ô Myrtil, viennent s'offrir à vous, Et de vos qualitez les merveilles écloses Font que nous renversons icy l'ordre des choses.

Daphné.

Nous vous laissons, Myrtil, pour l'avis le meilleur. Consulter sur ce choix vos yeux et votre cœur. Et nous n'en voulons point prévenir les suffrages Par un récit paré de tous nos avantages.

Myrtil.

C'est me faire un honneur dont l'éclat me surprend; Mais cet honneur pour moy, je l'avoue, est trop grand. A vos rares bontez il faut que je m'oppose; Pour mériter ce sort, je suis trop peu de chose; Et je serois fasché, quels qu'en soient les appas,

246 MELICERTE.

Qu'on VOUS blasmast pour moy de faire un choix trop bas.

Eroxene.

Contentez nos désirs, quoy qu'on en puisse croire, Et ne vous chargez point du soin de nostre gloire.

Daphné.

Non, ne descendez point dans ces humiiitez, Et laissez-nous juger ce que vous méritez.

Myrtil Le choix qui m'est offert s'oppose à votre attente, Et peut seul empescher que mon cœur vous contente. Le moyen de choisir de deux grandes beautez Egales en naissance et rares qualitez ? Rejetter l'une ou l'autre est un crime effroyable, Et n'en choisir aucune est bien plus raisonnable.

Eroxene.

Mais, en faisant refus de répondre à nos vœux. Au lieu d'une, Myrtil, vous en outragez deux.

Daphné.

Puis que nous consentons à l'arrest qu'on peut rendre, Ces raisons ne font rien à vouloir s'en défendre.

Myrtil.

Et bien, si ces raisons ne vous satisfont pas Celle-cy le fera : j'aime d'autres appas, Et je sens bien qu'un cœur qu'un bel objet engage Est insensible et sourd à tout autre avantage.

Lycarsis.

Commentdonc? qu'est-ce-cy? qui l'eust pu présumer? Et sçavez-vous, morveux, ce que c'est que d'aimer?

Myrtil.

Sans sçavoir ce que c'est, mon cœur a sceu le faire.

Lycarsis.

Mais cet amour me choque et n'est pas nécessaire.

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