‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 151 sur 189 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LYCARSIS, MYRTIL, MELICERTE.

Lycarsis.

Ne vous contraignez pas pour moy.

Melicerte.

Quel sort fâcheux !

Lycarsis.

Cela ne va pas mal, continuez tous deux. Peste! mon petit fils, que vous avez l'air tendre, Et qu'en maistre déjà vous sçavez vous y prendre! Vous a-t-il, ce sçavant qu'Athènes exila, Dans sa philosophie appris ces choses-là;

256 MELICERTE.

Et VOUS, qui luy donnez de si douce manière Vostre main à baiser, la gentille bergère, L'honneur vous apprend-il ces mignardes douceurs Par qui vous débauchez ainsi les jeunes cœurs?

Ah ! quittez de ces mois l'outrageante bassesse, Et ne m'accablez point d'un discours qui la blesse.

Lycarsis.

Je veux luy parler, moy. Toutes ces amitiez...

Myrtil.

Je ne souffriray point que vous la maltraitiez. A du respect pour vous la naissance m'engage, Mais je sçauray sur moy vous punir de l'outrage. Oûy, j'atteste le Ciel que, si, contre mes vœux, Vous luy dites encor le moindre mot fâcheux, Je vais avec ce fer,* qui m'en fera justice. Au milieu de mon sein vous chercher un supplice, Et par mon sang versé luy marquer promptement L'éclatant desaveu de vostre emportement.

Melicerte.

Non, non, ne croyez pas qu'avec art je l'enfîâme, Et que mon dessein soit de séduire son ame : S'il s'attache à me voir, et me veut quelque bien, C'est de son mouvement : je ne l'y force en rien. Ce n'est pas que mon cœur veuille icy se défendre De répondre à ses vœux d'une ardeur assez tendre Je l'aime, je l'avoue, autant qu'on puisse aimer; Mais cet amour n'a rien qui vous doive alarmer. Et, pour vous arracher toute injuste créance, Je vous promets icy d'éviter sa présence. De faire place au choix où vous vous résoudrez. Et ne souffrir ses vœux que quand vous le voudrez.

Page 1