‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 157 sur 189 · TROISIÈME ENTRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ENTRÉE

Talie, à qui la comédie est consacrée, a pour son partage une pièce comique représentée par les comédiens du roy (Molière et sa troupe), et composée par celuy de tous nos poëtes qui dans ce genre d'écrire peut le plus justement se comparer aux anciens.

La première scène est entre Lycas, riche pasteur, et Coridon, son confident.

La seconde scène est une cérémonie magique de chantres et danceurs.

Les deux magiciens dançans sont : les sieurs La Pierre et Favier.

Les trois magiciens assistans et chantans sont : messieurs Le Gros, Don et Gaye.

[Ils chantent.)

Déesse des appas.

Ne nous refuse pas

La grâce qu'implorent nos bouches.

Nous fen prions par tes rubans.

Par tes boucles de diamans, Ton rouge, ta poudre, tes mouches, Ton masque, ta coiffe et tes gans.

O toy qui peux rendre agréables Les visages les plus mal-faits, Kepans, Venus, de tes attrais Deux ou trois dozes charitables Sur ce museau tondu tout frais.

Déesse des appas, Ne nous, etc.

Ah! qu*il est beau,

Le jouvenceau !

Ah ! qu*il est beau ! ah ! qu'il est beau! Qu'il va faire mourir de belles !

Auprès de luy les plus cruelles Ne pourront tenir dans leur peau.

Ah! qu'il est beau,

Le jouvenceau !

Ah! quil est beau! ah ! qu'il est beau! Ho, ho, ho, ho, ho, ho

Qu'il est joli ,

Gentil, poli!

Qu'il est joli, qu'il est joli !

Est-il des yeux qu'il ne ravisse ?

// passe en beauté feu Narcisse, Qut fut un blondin accompli.

Qu'il est jolif Gentil, poli!

Qu'il est joli, qu'il est joli!

Hi, hi, hi, hij hi, lii.

Les six magiciens assistans et dançans sont : les sieurs Chicaneau, Bonard, Noblet le cadet, Arnald, Mayeu et Foignard.

La troisième scène est entre Lycas et Filene, riches pasteurs.

FiLENE chante.

Paissez, chères brebis, les herbettes naissantes. Ces prés et ces ruisseaux ont dequoy vous charmer j Mais, si vous desirez vivre tousjours contentes. Petites innocentes, Gardez-vous bien d'aymer.

Lycas, voulant faire des vers, nomme le nom d'Iris, sa maistresse, en présence de Filene, son rival, dont Filene en colère chante :

Est-ce toy que j'entens, téméraire? est-ce toy Qui nommes la beauté qui me tient sous sa loy ? Lycas respond.

Ouy, c'est moy ; ouy, c'est moy.

Filene.

Oses-tu bien en aucune façon

Proférer ce beau nom ?

Lycas.

Hé! pourquoy non ? hé! pourquoy non?

Filene.

Iris charme mon ame.

Et qui pour elle aura

Le moindre brin de flâme,

Il s'en repentira.

Lycas.

Je me moque de cela.

Je me moque de cela.

FiLENE.

Je t'estrangleray, mangeray,

Si tu nommes jamais ma belle.

Ce que je dis, je le feray.

Je t'estrangleray, manger ay.

Il suffît que j'en ay juré :

Quand les dieux prcndroient ta querelle,

Je t'estrangleray, mangeray,

Si tu nommes jamais ma belle.

Lycas.

Bagatelle, bagatelle !

La quatrième scène est entre Lycas et Iris, jeune bergère dont Lycas est amoureux.

La cinquième scène est entre Lycas et un pastre qui apporte un cartel à Lycas de la part de Filene, son rival.

La sixième scène est entre Lycas et Coridon.

La septième scène est entre Lycas et Filene,

Filene, venant pour se battre , chante.

Arreste, malheureux!

Tourne, tourne visage^ Et voyons qui des deux

Obtiendra l'avantage.

Lycas parle, et Filene reprend :

C'est par trop discourir.

Allons, il faut mourir.

La huitième scène est de huit paysans qui, venant pour séparer Filene et Lycas, prennent querelle et dancent en se battant.

Les huit paysans sont : les sieurs Dolivet, Paysan, Desonets. Du Pron, La Pierre, Mercier, Pesan et le Roy.

La neufviéme scène est entre Coridon, jeune berger, et les huit paysans, qui, par les persuasions de Coridon, se reconcilient, et, après s'estre reconciliez, dancent.

La dixième scène est entre Filene, Lycas et Coridon.

L'onzième scène est entre Iris, bergère, et Coridon, berger.

La douzième scène est entre Iris, bergère, Filene, Lycas €t Coridon.

Filene chante.

N'attendez pas qu'icy je me vante moy-mesme Pour le choix que vous balancez.

Vous avez des yeux, je vous ayme :

C'est vous en dire assez.

La treizième scène est entre Filene et Lycas, qui, rebutez par la belle Iris, chantent ensemble leur desespoir.

Filene.

Helas ! peut-on sentir de plus vive douleur ? Nous préférer un servile pasteur !

Ho Ciel!

Lycas.

Ho sort!

FlLENE.

Quelle rigueur!

Lycas.

Quel coup !

FiLENE.

Quoy ! tant de pleurs, Lycas.

Tant de persévérance,

FiLENE.

Tant de langueur,

Lycas.

Tant de souffrance,

FiLENE.

Tant de vœux,

Lycas. .

Tant de soins,

FiLENE.

Tant d'ardeur, Lycas.

Tant d'amour,

FiLENE.

Avec tant de mespris sont traitiez en ce jour! Ha! cruelle,

Lycas.

Cœur dur,

FiLENE.

Tigresse,

Lycas.

Inexorable,

FiLENE.

Inhumaine,

Lycas.

Inflexible,

FiLENE.

Ingrate, Lycas.

Impitoyable,

FiLENE.

Tu veux donc nous faire mourir ?

// te faut contenter.

Lycas.

// te faut obeïr,

FiLENE.

Mourons, Lycas.

Lycas.

Mourons, Filene.

FiLENE.

Avec ce fer finissons nostre pêne.

Lycas.

Tousse /

FiLENE.

Ferme !

Lycas.

Courage !

FiLENÉ.

Allons, va le premier.

Lycas.

Non, je veux marcher le dernier.

FiLENE.

Puis qu'un mesme malheur aujourd'hui nous assemble, Allons, partons ensemble.

La quatorzième scène est d'un jeune berger enjoué qui. venant consoler Filene et Lycas, chante :

Ha ! quelle folie De quitter la vie Pour une beauté Dont on est rebuté!

On peut, pour un objet aimable Dont le cœur nous est favorable.

Vouloir perdre la clarté; Mais quitter la vie Pour une beauté Dont on est rebuté.

Ha ! quelle folie !

La quinzième et dernière scène est d'une Égyptienne suivie d'une douzaine de gens qui, ne cherchans que la joye, dancent avec elle aux chansons qu'elle chante agreab'ement. En voicy les paroles :

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