‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 162 sur 189 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Chantée par trois musiciens.

Premier Musicien.

Si du triste récit de mon inquiétude Je trouble le repos de vostre solitude,

Rcchers. ne soyez point fâchez.

Quand vo^s sçaurez l'excès de mes peines secrettes.

Tout rochers que vous estes.

Vous en serez touchez.

Deuxième Musicien.

Les oyseaux réjouis, dés que le jour s'avance, Rtcommancent leurs chants dans ces vastes forets;

Et moy, j'y recommance Mes soupirs languissans et mes triâtes regrets.

Ah ! mon cher Philene !

Premier Musicien.

Ah ! mon cher Tirsis !

Deuxième Musicien.

Que je sens de peine ! Premier Musicien.

• Que j'ay de soucis !

î82 LE SICILIEN.

Deuxième Musicien.

Toujours sourde à mes vaux est l'ingrate Climene.

Premier Musicien.

Claris n^a point pour moy de regards adoucis. Tous deux.

O loy trop inhumaine !

Amour, si tu ne peux les contraindre d'aimer, Pourquoy leur laisses -tu le pouvoir de cliarmer?

Troisième Musicien.

Pauvres amans, quelle erreur D'adorer des inhumaines !

Jamais les âmes bien saines Ne se payent de rigueur.

Et les faveurs sont les chaînes Qui doivent lier un caur.

On voit cent belles icy Auprès de qui je m'empresse; A leur voiler ma tendresse Je mets mon plus doux soucy.

Mais, lorsque l'on est tygresse, Ma foi, je suis tigre aussi.

PrexMier et Deuxième Musiciens

Heureux, helas ! qui peut aimer ainsy !

Hali.

Monsieur, je viens d'ouyr quelque bruit au dedans.

Adraste.

Qu'on se retire viste, et qu'on éteigne les flambeaux.

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