SCENE XI
ISIDORE, D. PEDRE, ADRASTE,
ET DEUX LaCQ^UAIS.
D. Pedre.
Voicy un gentilhomme que Damon nous envoyé, qui se veut bien donner la peine de vous peindre. 1 Adraste baise Isidore en la saluant, et Dom Pedre luy dit : Hola ! Seigneur François, cette façon de saluer n'est point d'usage en ce pais. Adraste.
C'est la manière de France.
D. Pedre.
La manière de France est bonne pour vos femmes; mais pour les nostres elle est un peu trop familière.
Isidore.
Je reçois cet honneur avec beaucoup de joye. L'avanture me surprend fort, et, pour dire le vraj,
je ne m'attendois pas d'avoir un peintre si illustre. Adraste.
Il n'y a personne sans doute qui ne tinst à beaucoup de gloire de toucher à un tel ouvrage. Je n'ay pas grande habileté; mais le sujet icy ne fournit que trop de luy-mesme , et il y a moyen de faire quelque chose de beau sur un original fait comme celuy-là.
Isidore.
L'original est peu de chose, mais l'adresse du peintre en sçaura couvrir les défauts.
Adraste.
Le peintre n'y en voit aucun , et tout ce qu'il souhaite est d'en pouvoir représenter les grâces aux yeux de tout le monde aussi grandes qu'il les peut voir.
Isidore.
Si vostre pinceau flate autant que vostre langue, vous allez me faire un portrait qui ne me ressemblera pas.
Adraste.
Le Ciel, qui fit l'original, nous oste le moyen d'en faire un portrait qui puisse flater. Isidore.
Le Ciel, quoy que vous en disiez, ne...
D. Pedre.
Finissons cela, de grâce; laissons les complimens, et songeons au portrait.
Adraste.
Allons, apportez tout.
[On apporte tout ce qu'il faut pour peindre Isidore.)