‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 182 sur 189 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

choses qu'ils font; et, quand nous nous mêlons d'estre jalous, nous le sommes vingt fois plus qu'un Sicilien. L'infâme croit avoir trouvé chez vous uu assuré refuge; mais vous estes trop raisonnable pour blâmer mon ressentiment. Laissez-moy, je. vous prie, la traiter comme elle mérite. D. Pedre.

Ah! de grâce, arrestez : l'offense est trop petite pour un courroux si grand.

Adraste.

La grandeur d'une telle offense n'est pas dans l'importance des choses que l'on fait. Elle est à transgresser les ordres qu'on nous donne; et, sur de pareilles matières, ce qui n'est qu'une bagatelle devient fort criminel lorsqu'il est défendu.

De la façon qu'elle a parlé, tout ce qu'elle en a fait a esté sans dessein; et je vous prie enfin de vous remettre bien ensemble.

Adraste.

Hé quoy ! vous prenez son party, vous qui estes si délicat sur ces sortes de choses?

D. Pedre.

Oûy, je prens son party; et, si vous voulez m'obliger, vous oublierez vostre colère, et vous vous réconcilierez tous deux. C'est une grâce que je vous demande , et je la recevray comme un essay de l'amitié que je veux qui soit entre nous. Adraste.

Il ne m'est pas permis, à ces conditions, de vous rien refuser; je feray ce que vous voudrez.

îo8 LE SICILIEN.

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